L’ouverture sportive à l’Est, sa signification et ses impacts

Par Antoine Lanthony | 12 juin 2007

Pour citer cet article : Antoine Lanthony, “L’ouverture sportive à l’Est, sa signification et ses impacts”, Nouvelle Europe [en ligne], Mardi 12 juin 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/222, consulté le 17 juillet 2019

articlecarte_Euro_2012Depuis 1984, jamais l’Est du continent européen n’a accueilli de compétition sportive internationale de premier plan. L’attribution de l’organisation du Championnat d’Europe de football 2012 à la Pologne et à l’Ukraine est un événement d’importance. Voyons l’accueil qui lui a été réservé, mais aussi ses implications.

carte_Euro_2012Depuis les Jeux Olympiques d’été de Moscou en 1980 et les Jeux Olympiques d’hiver de Sarajevo en 1984, jamais l’Est du continent européen n’a accueilli de compétition sportive internationale de premier plan.

L’attribution de l’organisation du Championnat d’Europe de football 2012 à la Pologne et à l’Ukraine est un événement d’importance. Voyons l’accueil qui lui a été réservé, mais aussi ses implications.

 

 Surprise et satisfaction populaire 

 

L’attribution en avril dernier de l’organisation de l’Euro 2012 de football au ticket polono-ukrainien a provoqué de véritables manifestations de joie dans les deux pays et ce de manière assez large. Historiquement pays de football, les deux nations sont attachées à ce sport, qui constitue de plus un facteur de cohésion non négligeable en Ukraine.

 

Si la victoire de cette candidature aux dépens des candidatures de l’Italie et du ticket Hongrie-Croatie a constitué une surprise sur le plan du dossier proprement dit (faiblesse des infrastructures, scandale de corruption dans le football polonais), elle a bénéficié du rôle et du soutien de plusieurs personnalités de haut niveau tant en Pologne qu’en Ukraine : Jarosław Kaczyński, Premier ministre polonais ; Victor Ioushchenko, président ukrainien ; Grigoriy Sourkis, président de la fédération ukrainienne de football ou encore Sergueï Bubka, plus grand perchiste de l’histoire.

 

Il est de plus hautement probable que lors du vote, plusieurs fédérations d’autres pays d’Europe centrale aient opté en faveur de cette candidature, dans un souci d’ouverture sportive et européenne vers l’Est du continent, ouverture prônée par Michel Platini, nouveau président de l’UEFA.

 

Après le vote, les dirigeants des deux pays ont fait état de leur grande satisfaction et ils prendront tous deux la tête de leurs comités d’organisation respectifs.

 

L’enthousiasme lié au succès de la candidature polono-ukrainienne semble en outre partagé au-delà des frontières du pays comme le soulignait, à propos de l’Ukraine et du rapprochement polono-ukrainien, un éditorialiste tchèque au lendemain de la désignation : « Ce que l'UE, l'OTAN, la révolution orange et Lech Walesa n'ont pas réussi à faire, le football le fera ».

 

L’organisation de cet événement est en effet largement vue comme un moyen d’accélérer la modernisation des deux pays, mais aussi l’ancrage occidental de l’Ukraine à travers un rapprochement avec la Pologne, membre des institutions euro-atlantiques.

 

Travaux massifs en vue : opportunité et réel danger

 

La compétition est prévue dans 8 villes, pour certaines distantes de 2000 kilomètres, telles Gdansk et Donetsk. La faiblesse des infrastructures autoroutières, hôtelières, aéroportuaires et la construction de stades va demander des investissements massifs que certains redoutent, à l’instar de la journaliste Antonija Bajan, qui au lendemain de la décision, pointait dans Oukraïnska Pravda, les risques de dérives budgétaires, de corruption et de retards dans les travaux en Ukraine.

 

Le risque apparaît réel, pour un pays déjà fortement endetté et actuellement proche de la paralysie politique. Néanmoins, on peut considérer qu’il s’agit d’une opportunité d’investissements nationaux, mais aussi étrangers, dont l’Ukraine ne bénéficiera qu’une fois en plusieurs décennies. Le pays a d’ores-et-déjà annoncé des mesures fiscales afin d’inciter au tourisme lors de cet événement. De même, les formalités douanières seront vraisemblablement simplifiées.

 

La Pologne, pays de l’Union européenne le plus en retard en termes d’infrastructures routières, semble avoir, quant à elle, tout à gagner d’un chantier comme celui-ci, qui malgré les coûts, peut être le catalyseur dont le pays a besoin pour que la Pologne investisse massivement dans ses infrastructures routières insuffisantes et cesse d’être le goulet d’étranglement de l’axe terrestre Ruhr-Berlin-Varsovie-Minsk-Moscou.

 

Polonais et Ukrainiens devront profiter au maximum de cette opportunité, lutter contre la corruption, et privilégier l’efficacité et la pérennité des investissements réalisés. Etats, régions et villes comptent également sur la visibilité qui leur sera donnée pour se présenter sous leur meilleur jour avec pour objectif l’accueil du maximum de capitaux.

 

Ils devront cependant prendre garde à ne pas vouloir rentabiliser financièrement et de manière immédiate et sauvage l’afflux de touristes étrangers, comme cela s’est produit en Lettonie lors du dernier championnat du monde de hockey sur glace, avec pour conséquence des spectateurs ayant très peu séjourné dans le pays et une image négative pour la Lettonie.

 

La symbolique de cette décision

 

Si le rapprochement polono-ukrainien a commencé à se dessiner timidement lors des présidences précédentes, le rôle joué par la Pologne lors de la « révolution orange » a été un signal fort adressé par la Pologne et par l’Union européenne à l’Ukraine.

 

Le sport étant parfois porteur de symbole avant ou en parallèle du politique, il est permis de voir cette décision comme un coup de pouce du monde sportif à une double candidature pleine de symbole, portée par les « petits pays » du sport européen, dont un large nombre sont issus du bloc communiste et se reconnaissent dans le coup de projecteur porté à l’Est.

 

Les deux pays auront donc à cœur de profiter de cet événement non seulement pour réaliser des travaux d’infrastructures ou professionnaliser leur environnement footballistique, mais aussi pour améliorer leur image sur la scène européenne. 

 

D’un côté, la Pologne des frères Kaczyński, souvent accusée de regarder plus vers Washington que vers Bruxelles, a ici l’opportunité de se présenter à l’ensemble du continent comme capable d’organiser un événement majeur, d’accueillir la mosaïque européenne et ainsi de restaurer en partie son image, écornée à de multiples reprises au cours des dernières années.

 

Elle a de plus la possibilité de se positionner encore plus comme partenaire politique, économique et de développement de l’Ukraine.

 

Pour sa part, l’Ukraine, dont les difficultés internes sont profondes et désabusent la population, a l’opportunité d’afficher son dynamisme et son unité.

 

Il ne faut en effet pas oublier que durant la période soviétique, le Dynamo Kiev fut, à l’instar du club de basket du Zalgiris Kaunas en Lituanie ou du club de football du Dinamo Tbilisi en Géorgie, un symbole du nationalisme ukrainien, remportant à plusieurs reprises le championnat soviétique, fournissant parmi les meilleurs éléments de la sélection soviétique, et remportant deux coupes d’Europe en 1975 et 1986.

 

L’opportunité existe : à l’Ukraine de surmonter ses divisions internes pour mobiliser dans la transparence autour d’un thème porteur d’unité ; à la Pologne de porter à bien un projet qu’elle a voulu en s’inspirant de la réussite allemande en termes d’organisation ; aux deux pays de travailler ensemble pour que le projet renforce la coopération transfrontalière.

 

Pour aller plus loin

 
picto_1jpeg Sur Internet
picto_1jpeg Site officiel de l’organisation de l'Euro 2012 de football
picto_1jpeg Réactions de la presse européenne parues dans Courrier International
picto_1jpeg Point de vue d’une journaliste ukrainienne paru dans Courrier International

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