L'OTAN en Europe

Par Pascal Orcier | 26 avril 2010

Pour citer cet article : Pascal Orcier, “L'OTAN en Europe”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 26 avril 2010, http://www.nouvelle-europe.eu/node/860, consulté le 26 septembre 2017

L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) a rassemblé durant la Guerre froide la plupart des États du bloc occidental autour des États-Unis. À partir d’un groupe d’États constitué en 1949, l’organisation militaire a vu son nombre de membres augmenter au fil des années, indépendamment du caractère démocratique ou non des régimes en place. Face à lui, le Pacte de Varsovie rassemblait les États du bloc de l’Est autour de l’URSS. Le démantèlement du Rideau de Fer et la dissolution de l’URSS ont ouvert la voie en 1991 à une nouvelle phase d’élargissements aux États d’Europe centrale et orientale qui en ont fait la demande.

otan.jpg

Cet élargissement s’est opéré en parallèle aux négociations d’adhésion à l’UE. Les États concernés considéraient les deux organisations comme complémentaires et que, face aux incertitudes politiques en Russie, leur sécurité nationale passait avant tout par la protection que procurait l’appartenance à l’Alliance atlantique. Encore fallait-il que cette intégration ne nuise pas aux relations entre États-Unis et Russie. Dans un premier temps, seuls trois États d’Europe centrale, la Pologne, la Hongrie et la République tchèque, ont été retenus pour l’adhésion, effective en 1999. 

Le cas des États baltes était le plus problématique, en raison de leur appartenance ancienne à l’URSS et à leur voisinage immédiat avec la Russie. Les troupes russes n’y ont achevé leur retrait qu’en 1994, tandis que des installations stratégiques (radar de Skrunda en Lettonie) ont dû faire l’objet d’un démontage minutieux qui s’est poursuivi au-delà. La seconde vague de candidats, sept en même temps cette fois, a dû attendre mars 2004 pour être effectivement intégrée. 

On observe que dans les deux cas, l’intégration à l’OTAN a toujours précédé celle à l’UE. Les candidats ont dû consentir à d’importants efforts financiers pour répondre aux standards de l’Alliance en matière d’équipements et d’infrastructures. D’importants radars ont été installés pour contrôler les espaces aériens, notamment baltes, que la Russie avait violés à plusieurs reprises. Cette intégration a eu un coût important, même si les nouveaux membres ont pu bénéficier de matériels cédés par d’autres États membres et d’importantes formations techniques et de personnels. La plupart d’entre eux ont décidé de s’engager aux côtés des Américains dans la coalition internationale en Irak en 2003. 

Plusieurs États des Balkans et de la mer Noire ont également fait part de leur intérêt pour une adhésion à l’Alliance. Ainsi, la Croatie et l’Albanie sont officiellement devenues membres en 2009, tandis que la Macédoine, techniquement prête, n’a pu y adhérer en raison du véto de la Grèce (en raison de la querelle qui oppose depuis 1991 les deux États au sujet du nom officiel de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine). Dans les Balkans, le Monténégro (indépendant de la Serbie depuis 2006) et la Bosnie-Herzégovine envisagent également d’adhérer ; ce n’est pas le cas de la Serbie, qui garde encore en mémoire les bombardements de son territoire par l’Alliance en 1999 au moment de la crise du Kosovo.

L’extension de l’OTAN autour de la mer Noire est plus problématique car elle se heurte à une forte opposition de la Russie, qui a mal accepté les précédents élargissements sur ses anciens satellites et son ancien glacis défensif. La Moldavie, l’Ukraine et surtout la Géorgie, en froid avec Moscou, avaient fait part de leur volonté de se rapprocher de l’Alliance. Toutefois, les forces politiques et l’opinion publique de ces États restent divisées sur la question. En Ukraine, la population russophone de Crimée, région autonome qui abrite la base navale russe de Sébastopol y est franchement hostile. La guerre en Géorgie en 2008 a suscité des oppositions au sein des membres actuels d’accueillir un État si instable et exposé, qui a par la suite été reconnu par la Commission d’enquête comme étant à l’origine du déclanchement des hostilités… Or, l’appartenance à l’Alliance implique un mécanisme de solidarité si l’un des États est agressé. 

L’adhésion de la Géorgie à l’OTAN reste conditionnée par la poursuite d’importantes réformes dans le pays. La Moldavie, soucieuse de trouver un accord avec Moscou pour résoudre la question de la Transnistrie, a préféré retirer sa demande d’adhésion à l’OTAN. Le pays est de surcroît dans l’incertitude politique depuis de longs mois en raison de l’incapacité de son Parlement à élire un nouveau Président de la République, en remplacement du communiste Vladimir Voronine. En Ukraine, la victoire du pro-russe Viktor Ianoukovitch à la présidentielle de 2010 a eu pour effet de stopper le processus de rapprochement avec l’OTAN, tandis qu’un nouvel accord a été conclu avec la Russie pour prolonger la location de la base de Sébastopol pour trente nouvelles années.

 

Pour aller plus loin 

Sur Nouvelle Europe 

Sur Internet

Source carte : Pascal Orcier, pour Nouvelle Europe (avril 2010) ; US Navy 040710-N-4757S-202, par BotMultichillt, sur wikimediacommons

 

Ajouter un commentaire