L'Europe, ni populiste, ni populaire

Par Philippe Perchoc | 9 janvier 2012

Pour citer cet article : Philippe Perchoc, “L'Europe, ni populiste, ni populaire”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 9 janvier 2012, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1384, consulté le 27 juillet 2017

La presse se fait l’écho ces derniers temps de la montée du populisme en Europe. La constitution hongroise « liberticide », le parti des « Vrais Finlandais » dans la coalition au pouvoir, le Front National qui n’a jamais eu de telles intentions de vote en France… L’Europe en est-elle la cause ?

Le Grand Robert de la langue française ne semble pas connaître l’usage médiatique qui est fait du mot « populisme », puisque pour lui, ce dernier est soit une école littéraire « qui cherche, dans les romans, à dépeindre la vie des hommes du peuple », soit « l’importance donnée aux couches populaires de la société (en art, en politique, etc.) » Il semble pourtant que le populisme tel qu’il est aujourd’hui pratiqué dans de nombreux pays européens (et ailleurs) puisse être défini comme un « appel au peuple par dessus les corps intermédiaires, notamment par l’usage des médias de masse ».

Dans ce sens, le « populisme » n’est pas toujours négatif. On pourra remarquer que les élections modernes, notamment dans les pays à régimes présidentiels, favorisent une forme de populisme puisque, comme on aime à le dire en France, « l’élection est la rencontre d’un homme et du peuple ». Pourtant, ce que nous connaissons aujourd’hui, c’est un mélange de démagogie et de populisme. Ainsi, face à la désillusion du politique, les candidats ont pris l’habitude – même une fois élus – de critiquer le « système », de désigner des ennemis imaginaires pour leur faire porter la responsabilité de ce qui va mal (les immigrés, les Roms, la mondialisation, l’Europe) et ainsi de remettre en cause les fondements mêmes de la démocratie. En effet, cette dernière est fondée sur les corps intermédiaires (les partis, les associations, les syndicats) et sur l’absence d’ennemis. En démocratie, on n’a pas d’ennemi, on n’a que des adversaires politiques.

Or, la « fin de la politique » et l’affadissement de la social démocratie laissent à penser qu’ « ensemble plus rien n’est possible », pour paraphraser un slogan de campagne. Aux individus repliés sur la sphère privée et familiale, on fait croire que « cette élection n’a jamais été aussi importante » afin de mobiliser l’électorat, encore une fois. Alors que les « démocraties populaires », comme on appelait les régimes communistes d’Europe centrale, ont disparu, la démocratie européenne semble moins populaire et plus populiste.

La raison principale semble bien en être l’impuissance du politique dans la mondialisation. Au niveau local, il paraît à peu près clair qu’un édile peut changer des choses qui se matérialisent sous les yeux de ses administrés. Au niveau national, beaucoup de ministères se sont spécialisés dans la « réforme verbale » : plus on vote de lois, moins on les applique. En effet, dans la mondialisation, les États européens ont de moins en moins d’influence et la politique n’a pas encore trouvé ses marques au niveau européen.

De cela, on peut au moins donner deux explications. La première est que les gouvernements nationaux continuent à jouer « l’Europe parapluie ». En faisant croire aux citoyens qu’ils gardent les commandes, ils peuvent dire que les succès sont les leurs et leurs échecs, ceux de l’Europe. La seconde explication est la culture européenne du consensus. En effet, toutes les décisions sont prises avec le souci de rassembler la plus grande majorité possible, ce qui laisse peu de place à la politique et beaucoup à la diplomatie. On constate pourtant chaque jour avec la crise de l’euro que les 27 partagent des points de vue assez différents. Tant que les décisions sont prises par le Conseil européen qui rassemble les chefs d’Etats et de gouvernements, la politique n’a pas de prise : on ne peut difficilement critiquer politiquement cet exercice diplomatique parce qu’on ne peut pas proposer d’équipe de rechange.

Il faudrait donc que la Commission puisse reprendre sa place, au cœur du système, peut-être en fusionnant les deux postes de Président du Conseil européen et de la Commission. Ainsi, on aura une campagne électorale et on espère bien que « les candidats feront appel au peuple par le biais des médias de masse ».

Le populisme se développe aussi en Europe parce que la politique n’est pas à sa place. Trop là où on décide peu, trop peu là où on décide beaucoup. Espérons que l’année 2012 sera celle d’un développement nouveau de l’espace public européen.

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Source photo: Populism par the|G|â„¢ sur flickr

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