L'Europe du téléchargement : condamnés à l'Eurovision ?

Par euroblogas | 18 novembre 2010

Pour citer cet article : euroblogas, “L'Europe du téléchargement : condamnés à l'Eurovision ?”, Nouvelle Europe [en ligne], Jeudi 18 novembre 2010, http://www.nouvelle-europe.eu/node/960, consulté le 24 avril 2018

Les actions de l'UE sont très variables selon les domaines mais aussi selon les régions : il y a des coins perdus où rien ne bouge, des sphères entières complètement ignorées. Par exemple, les droits de propriété sur le contenu numérique et sa distribution. Ce n'est que cette année que le projet de création d'un système commun d'octroi de licences de droits d'auteur dans l'UE a été adopté. Il porte le nom d'Agenda numérique. Ce projet, qui a pour but de soutenir le progrès technique et de lutter contre l'exclusion numérique, prévoit le téléchargement sans barrières depuis l'étranger. Il aura fallu dix ans d'attente pour que ce début prometteur voit le jour !

Il est vraiment temps de bouger car ce n'est plus possible de remettre cela à plus tard ! La photo, qui illustre cet article, montre une affiche rebelle sur un mur de Brighton au Royaume-Uni et témoigne d'une position courante des jeunes vis-à-vis de la politique de l'industrie du divertissement : vous nous empêchez d'y accéder, alors nous téléchargeons gratuitement. Les maisons de disques se plaignent également, mais ne font rien pour permettre de télécharger légalement partout en Europe. Cette inertie est délibérée car ces entreprises perçoivent des droits même dans les pays où elles ne sont pas présentes, par l'intermédiaire des agences locales de droits d'auteurs ou par le biais des amendes relatives aux conventions de droits d'auteur. Si la Commission européenne a sanctionné Microsoft pour son moteur de recherche, quid des maisons de disques qui abusent de la législation des droits d'auteur ?

À cause de programmes comme iTunes, Pandora, Hulu et d'autres services, notre attention est monopolisée par l'opposition entre les Américains et le reste du monde. Pourtant, cette situation est aussi favorable à certaines associations d'auteurs en Europe. Certains pays prétendent agir comme des défenseurs contre l'invasion de la culture américaine ou bien des protecteurs des artistes locaux. Même si le téléchargement illégal est en vogue, les chiffres d'affaires des ventes nationales sont relativement bons. Les vendeurs de musique et de films restent méfiants envers le téléchargement : ce dernier pourrait baisser considérablement le prix des œuvres - de 3 à 5 fois ou même plus - si l'UE se transformait effectivement en marché ouvert de musique et de films numériques. Sont-ils eux aussi vraiment en faveur de l'espace unique de licences numériques qui porte en elle une concurrence accrue ?

C'est pourquoi l'agenda numérique européen a un chemin semé d'embûches devant lui. Il sera probablement plus facile de faire accepter aux États-Unis des licences européennes que de surmonter l'opposition interne dans les pays membres. Les hommes d'affaires américains n'ont pas peur de la globalisation, tandis que la communauté artistique en Europe, dont la situation est plus fragile, peut subir un choc sévère. Les œuvres étrangères étant piratées, les artistes nationaux peuvent compter sur leurs concitoyens les plus mélomanes ; mais quand l'argent de ces derniers disparaîtra dans les boutiques virtuelles, les ventes locales chuteront.

Le marché actuel de contenu téléchargeable en Lituanie peut servir d'exemple : il n'existe qu'une seule maison d'édition proposant des livres numériques et les quelques boutiques en ligne ont une offre inférieure au nombre de livres d'une bibliothèque familiale. À cela s'ajoute quelques portails de musique misérables et DRMisés. Comme la musique s'y vend cher et qu'elle n'est compatible qu'avec l'appareil où elle a été téléchargée, les jeunes ne s'y intéressent pas. Le marché du film numérique en Lituanie est encore plus restreint : une seule chaîne offre un service de location de films numériques et ceci dans un réseau fermé. Par conséquent, seuls les réseaux P2P répondent aux besoins des jeunes en matière de contenu numérique, tandis que les associations d'artistes espèrent parer l'invasion d'Internet par des charges nouvelles, par exemple avec la hausse du prélèvement obligatoire sur le support matériel...

Des pays comme la Norvège qui ont compris les dangers pour les créateurs locaux de diffuser par Internet, et  ont instauré un système de soutien pour l'industrie artistique locale. L'Europe va certainement devoir reformuler sa politique commune de support aux créateurs, puisque les États dont les ressources financières et les initiatives technologiques sont modestes sont plus menacés que les autres. Ainsi, le téléchargement des œuvres et leur utilisation illicite diminuerait, et nos concitoyens pourrait se sentir des citoyens européens de même rang que les Allemands ou les Britanniques. En effet, malgré la réglementation actuelle, nous ne vivons pas seulement de chansons issues de l'Eurovision...

 

eublogas_logo.jpgCet article est issue d'un partenariat de Nouvelle Europe avec la revue Euroblogas.lt

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Source photo : "download music, it's free!", par Josh russel, sur Flickr

 

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