L'Europe de l'énergie, les citoyens au travail

Par Anaïs Delbarre | 5 mars 2013

Pour citer cet article : Anaïs Delbarre, “L'Europe de l'énergie, les citoyens au travail”, Nouvelle Europe [en ligne], Mardi 5 mars 2013, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1648, consulté le 23 août 2017

Pendant que les gouvernements européens peinent à se mettre d'accord sur des directives contraignantes concernant l'efficacité énergétique et la maîtrise de l'énergie, les citoyens s'activent. De petites initiatives collectives, nées de la coopération entre agences énergétiques européennes, sautent le pas en enjoignant les citoyens européens à agir quotidiennement pour contrôler leur consommation d'énergie à la maison.

Leur objectif : sensibilisation aux problématiques énergétiques, réduction effective d'énergie et soutien aux directives européennes déjà votées dans ce secteur.

Des initiatives énergétiques parrainées et financées par la Commission européenne

Le programme de la Commission européenne Energie Intelligente Europe (EIE), probablement reconduit lors de la nouvelle période de programmation 2014-2020, existe depuis 2003. Financé par les Etats membres à hauteur de 730 millions d'euros pour sept ans de programmation, il permet, moyennant des critères d'éligibilité très stricts, de financer des projets européens concernant l'énergie et le développement durable et émanant de 31 Etats européens (les 27 Etats membres de l'Union ainsi que le Lichtenstein, la Norvège, l'Islande, la Croatie et la République de Macédoine). Pendant la première période de programmation (2003-2007), les financements européens s'élevaient à hauteur de 50% des besoins du projet, le reste de la somme nécessaire étant trouvée auprès des collectivités territoriales ou des associations ou entreprises privées ayant décidé de mettre en place le projet et l'ayant présenté à la Commission. Pour la seconde période, les financements ont été augmentés pour atteindre désormais, et jusqu'en 2013, 75% des financements nécessaires au projet.

L'un des critères les plus prégnants pour financer son projet : la coopération européenne, qui se manifeste sous la forme de consortiums européens, créés pour mener à bien un projet tous ensemble. Des agences de l'énergie d'Etats européens différents coordonnent leurs actions et proposent chaque année à la Commission européenne des projets innovants dans le domaine de l'énergie. Chaque année, de nouveaux critères d'éligibilité des consortiums sont retirés, ajoutés, selon les besoins de l'UE en matière énergétique. En effet, les appels à projets ont lieu tous les ans à la même période. Des experts sont réquisitionnés pour attribuer à quelques-uns des projets déposés les financements nécessaires à leur bon développement. 

Certains des projets retenus mettent directement en action les citoyens européens, comme le projet "Energy Neighbourhoods", déployé pour la première fois sur le terrain entre 2008 et 2009 et auquel cet article s'intéresse plus particulièrement.

« Energy neighbourhoods », concours énergétique entre voisins européens

L’habitat est une source importante d’émission de gaz à effet de serre (eau chaude, cuisson, chauffage, éclairage). En Europe, il est difficile à réduire ces émissions car on assiste à la naissance de nouveaux besoins qui nécessitent des usages énergétiques puissants. C’est pourquoi le projet européen « Energy Neighbourhoods » se penche sur l’efficacité énergétique et tente de sensibiliser les Européens à la réduction de consommation d’énergie.

Objectifs : réduire la consommation d’énergie des particuliers, changer leurs comportements de tous les jours, développer des « communautés durables » en Europe, accroître l’information sur le développement durable et l’énergie en général, accroître la prise de conscience des Européens, réduire l’écart entre prise de conscience et action, former les bases d’un dialogue entre municipalités et citoyens sur les objectifs du développement durable

Cibles : quelques citoyens, foyers, autorités locales et régionales dans 9 Etats de l’UE

Techniques : efficacité énergétique, chauffage, ventilation, éclairage, appareils électriques

Motivation des participants : protection de l’environnement, information sur le développement durable, économies d’énergie et donc d’argent sur leurs factures.

L’initiative du projet est d’abord belge. En Flandre, la compétition « Klimaatwijken », lancée depuis déjà plusieurs années, rencontre un énorme succès en Belgique. L’Union européenne, intéressée par ce projet, décide de lancer une édition à l’échelle européenne. En 2008, «Energy Neighbourhoods » voit le jour. Lancé pour la première fois sur la période 2008-2009, le projet rentre effectivement dans les objectifs d’ «Europe 2020 » : tenter de réduire de 20% la consommation d’énergie d’ici à 2020.

Les règles du jeu

Neuf pays européens ont pour la première édition 2008-2009 participé à ce projet : France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Bulgarie, Espagne, Belgique, Irlande, Suède. Il faut bien comprendre que cette compétition ne s’applique pas à la population entière de chaque Etat participant, mais seulement à une infime minorité de personnes dans chaque Etat. Une fois le projet adopté par EIE et prêt à recevoir des financements, les partenaires de chaque pays (souvent des organismes ou des agences spécialisés dans les questions de l’énergie) organisent la compétition dans leur Etat et rassemblent des régions et villes intéressées par le pari. Dans chaque pays, on regroupe ensemble une dizaine de foyers vivants en voisinage dans quelques villes choisies à l’avance. En France, seule la région Rhône-Alpes est concernée à l’époque par cette première édition du projet. Cette compétition est tout à fait libre d’obligations car les villes concernées se sont portées volontaires. Il en est de même des participants: 8 à 12 foyers forment une équipe (the « Energy neighbourhoods »). Chacune de ces équipes accepte les règles d’une compétition bien précise : sur une période de 6 mois (ici, de novembre 2008 à mai 2009), chaque équipe doit faire de son mieux pour économiser au minimum 8% d’énergie sur sa facture d’électricité de l’année précédente, à la même période. L’équipe gagnante à l’échelle européenne remporte alors la compétition. Parallèlement, dans chaque pays participant, une équipe est désignée vainqueur. Mais le plus grand vainqueur est bien entendu l’équipe qui s’est rapprochée le plus des objectifs lancés par le concours.

Cette forme de compétition bien particulière est entourée de règles strictes : en effet, chaque équipe est suivie par ce qu’on appelle en anglais un « Energy Master », sorte d’éducateur-énergie formé par les agences énergétiques en charge du projet et qui s’occupe du bon déroulement du concours dans les familles. Son rôle : leur donner des conseils sur les méthodes à utiliser et les comportements à changer. Ce « coach » est le lien qui relie les foyers d’une même équipe ensemble (car les familles d’une même équipe ne se connaissent pas forcément, même si celles-ci habitent dans le même voisinage ou quartier). Il organise des réunions d’émulation pour les encourager à réduire le plus possible leur consommation d’énergie et à ne pas relâcher l’effort pendant les 6 mois de compétition. Il vérifie également que chaque foyer de son équipe respecte les règles de la compétition. C’est aussi lui qui est responsable des données énergétiques collectées dans les familles pour vérifier si oui ou non, les familles ont bien « joué le jeu ». Les données recueillies, précieuses pour le déroulement de la compétition, sont ensuite transmises au niveau national, avant d’être comparées à l’échelle européenne avec toutes les autres données des autres équipes.

Au total, ce sont près de 6000 familles (5727 exactement) dans les 9 Etats membres participants qui ont relevé le défi « Energy Neighbourhoods » lors de cette première édition. Dans chaque pays, des partenaires sont chargés de veiller au bon déroulement du concours et de coordonner les efforts des municipalités, des coachs et des citoyens concernés. Ces organismes sont nommés coordinateurs du projet à l’échelle de leur pays : en France, c’est l’organisme Prioriterre (Centre d’information et de Conseil énergie, eau, consommation) qui est depuis le début de la compétition chargé de cette mission.

Ca continue ?

Le projet européen continue de faire des adeptes depuis l’hiver 2008-2009. Une deuxième édition s’est tenue l’hiver dernier à l’échelle européenne, regroupant cette fois-ci 16 Etats européens, c’est-à-dire bien plus que lors du premier essai (France, Belgique, Bulgarie, Espagne, Grèce, Autriche, Allemagne, Hongrie, Irlande, Italie, Pologne, Roumanie, Slovénie, Lettonie, Suède et Grande-Bretagne). Cette année, la compétition court toujours, les résultats étant attendus pour avril 2013. A l'échelle française, le projet "Energy Neighbourhoods" est baptisé « Familles à Energie positive ». L'hiver 2012/2013 est sa quatrième édition. Toutes les régions françaises ne sont pas associées à la compétition et le projet est encore très peu connu, que ce soit en France ou dans l’ensemble de l’Union européenne. Cette année, il inclue le troisième arrondissement de Paris, ce qui n'avait encore jamais été le cas, la capitale étant restée à l'écart du projet pendant les trois premières années.

Pour donner quelques exemples, le pays vainqueur lors de la première édition européenne est contre toute attente la Bulgarie, seul Etat d’Europe de l’Est à avoir accepté de relever le défi. Mais la famille ayant économisée le plus d’énergie par rapport à l’hiver précédent se situe en Suède (l’équipe Ahlgren, avec environ 37% d’économies d’énergie).

Atouts et faiblesses d’une telle initiative

Non, cette initiative n’est pas connue en Europe, et seuls quelques « privilégiés », pourrait-on dire, participent à ce concours. Encore faut-il se situer dans la bonne ville, la bonne région. Cette année, Paris fait partie des participants, pour la première fois depuis la première édition (en revanche, seul le troisième arrondissement est concerné par la compétition, et, il faut bien le rappeler, les volontaires !). « Energy Neighbourhoods » manque de visibilité et de participants (car son plus grand souci réside dans la motivation des volontaires sur le long-terme du projet). Pourtant, ce projet d’abord européen, d’abord conçu dans une logique innovante puisqu’aucun projet de ce type n’avait été enregistré avant dans les annales du programme EIE, comporte des atouts non négligeables. Il donne une impulsion considérable aux projets concernant l’efficacité énergétique en Europe, et surtout aux projets concernant les citoyens européens eux-mêmes. Il permet de s’immiscer dans la vie quotidienne de ces familles participantes pour les sensibiliser aux problématiques énergétiques. De passer enfin de la théorie à la pratique. Et même s’il apparait que ce projet n’a pas vocation à concerner tout le monde, même si les personnes qui s’y inscrivent sont pour la plupart déjà sensibles à leur consommation d’énergie, et même s’il nécessiterait des études complémentaires pour savoir si ces familles « maintiennent le cap » après la compétition, une chose semble certaine : les cofinancements de l’Union européenne à travers le programme EIE sont de véritables leviers pour permettre la création de projets innovants en matière énergétique.

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Source photo : Affiche compétition "Familles à énergie positive".

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