L'Entrepreneuriat est-elle la meilleure parade contre le chômage des jeunes européens ?

Par Claire Martin | 7 novembre 2013

Pour citer cet article : Claire Martin, “L'Entrepreneuriat est-elle la meilleure parade contre le chômage des jeunes européens ?”, Nouvelle Europe [en ligne], Jeudi 7 novembre 2013, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1753, consulté le 26 mars 2017

Les chiffres du chômage des jeunes en Europe font frémir. En septembre 2013, 5,548 millions des 15-24 ans étaient au chômage dans l'Union européenne à 28 (EU28), ce qui correspond à un taux de chômage des jeunes de 23,5 %. Si ce chiffre représente une légère baisse par rapport à la même époque l'an dernier, il n'en demeure pas moins alarmant. Souvent peu expérimentés et en concurrence avec leurs aînés, les jeunes qui arrivent sur le marché du travail rencontrent les plus grandes difficultés pour convaincre les employeurs. Lorsque l'on ne parvient pas à décrocher un emploi, la création d'entreprise devient une solution attractive.

Dans tous les pays d'Europe, on assiste à la prolifération de petits entrepreneurs qui espèrent vivre de leur projet. Et si de plus en plus de jeunes se tournent vers l’entrepreneuriat, c'est aussi parce que les gouvernements ont compris l'intérêt de favoriser la création d'entreprises pour enrayer le chômage des jeunes. Sous l'impulsion du législateur européen, les Etats membres ont mis en œuvre le principe du « Penser petit d'abord : priorité aux PME » prôné par le Small Business Act de 2008 calqué sur la loi américaine du même nom. Allègements fiscaux, simplification et diminution des procédures administratives, délais de paiement raccourcis et financements facilités, les micro-entreprises sont au centre des réformes économiques lancées depuis le début de la crise. Pourtant, la réalité est loin d'être idyllique pour les jeunes entrepreneurs pour qui le succès n'est jamais garanti et qui engagent leur responsabilité personnelle.

Les jeunes entrepreneurs face à la diversité des législations européennes

Pour les jeunes entrepreneurs, à l'image de la quasi totalité des chefs d'entreprises, le choix se porte systématiquement sur les petites structures. 99 % des entreprises européennes sont des PME, et parmi elles, 9 sur 10 sont des micro-entreprises employant en moyenne 2 salariés. Et lorsque l'on sait que la majorité des créateurs d'entreprise en 2013 en France sont des anciens demandeurs d'emploi, il est clair que le développement des PME est un outil incontournable pour lutter contre le chômage des jeunes.

Pour autant, les jeunes entrepreneurs ne sont pas logés à la même enseigne qu'ils se trouvent en France ou en Angleterre, en Espagne ou en Bulgarie et nombre sont ceux qui sont prêts à s'installer dans un autre pays pour bénéficier de règles plus souples ou plus favorables au développement de leur secteur d'activité. En effets, les Etats membres sont liés par une obligation de résultat et non de moyens pour supprimer les obstacles à la création d'entreprise et les choix en matière de fiscalité, d'aides publiques et de procédures administratives sont loin d'être uniformes en Europe.

Les opposants de l'intervention étatique dans le domaine économique comme l'Angleterre misent sur une faible fiscalité pour toutes les entreprises quelle que soit leur forme alors que d'autres pays comme l'Espagne choisissent d'accentuer les efforts sur des secteurs d'activité clés comme le tourisme, l'agro-alimentaire ou l'énergie tout en misant sur la baisse du coût de la vie. Les pays scandinaves tirent profit de la flexibilité du marché du travail alors que la Bulgarie et l'Italie s'attellent à réduire le poids d'une bureaucratie encombrante en permettant la création d'une entreprise en moins de trois jours. Certains Etats ont mis en place un régime fiscal avantageux et ont supprimé les exigences de comptabilité pour les micro-entreprises comme la République Tchèque et la Slovaquie.

Malgré le maintien de spécificités nationales, tous les Etats membres sont allés vers une simplification des formalités avec notamment l'instauration d'un guichet unique pour que les entrepreneurs n'aient plus qu'un seul interlocuteur dans leurs démarches administratives. Ils ont également embrassé la révolution technologique en normalisant les échanges numérisés avec les pouvoirs publics et l'accès au financement a été facilité partout en Europe pour les PME grâce par exemple aux prêts de la Banque européenne d'Investissement.

Outre ces efforts, certains pays européens ont donné une attention particulière aux micro-entreprises en créant un statut nouveau : l'auto-entrepreneuriat. L'idée de départ est d'encourager les personnes sans emploi et qui ont un projet professionnel à travailler pour leur compte. Une forme juridique qui séduit de plus en plus de jeunes en Europe.

L'auto-entrepreneuriat : une solution miracle ?

La France, l'Espagne (« autónomo »), l'Allemagne (« Kleingewerbetreibender »), le Danemark, le Royaume-Uni (« self employed ») et dans une moindre mesure la Suède ont créé un statut d'auto-entrepreneur qui offre la possibilité aux étudiants, chômeurs, retraités, femmes au foyer, ou encore salariés de lancer une activité économique professionnelle à titre principal ou complémentaire.

Parce qu'il ne correspond pas à la création d'une entité juridique distincte, ce régime bénéficie souvent de procédures administratives simplifiées – par exemple en France une simple inscription sur Internet suffit – mais pas toujours – en Allemagne, les auto-entrepreneurs ne sont pas exemptés de l'immatriculation au registre du commerce et des sociétés. Dans la plupart des cas, le début de l'activité peut commencer dès le lendemain de l'inscription (ou de l'enregistrement) et aucun capital de départ n'est exigé. Les auto-entrepreneurs bénéficient d’un régime fiscal avantageux mais qui varie fortement d'un Etat à l'autre : En France, la ponction des charges sociales est faite de manière forfaitaire, en Espagne l'auto-entrepreneur doit verser des charges mensuelles fixes. L'auto-entrepreneur est soumis à l'impôt sur le revenu en France, en Espagne, au Danemark et au Royaume-Uni (mais pas la première année). La taxe professionnelle fait souvent l'objet d'une exonération (les 3 premières années en France, en deçà de 24 500 euros de bénéfices en Allemagne) tout comme l'impôt sur les sociétés et la TVA (jusqu'à 20 000 euros en Allemagne et 64 000 livres au Royaume-Uni). En France, au delà d'un certain seuil de revenu, les auto-entrepreneurs doivent basculer dans le régime d'imposition classique.

Si l'on s'arrêtait là, l'auto-entrepreneuriat serait la parade idéale pour un jeune sans emploi. Oui mais voilà, les devoirs liés à l'auto-entrepreneuriat peuvent être très lourds. Un bilan comptable doit être tenu en Allemagne et surtout, dans tous les pays, l'auto-entrepreneur engage sa responsabilité personnelle et illimitée sur les résultats de l'entreprise, c'est à dire qu'en cas de dettes, son patrimoine personnel et professionnel peuvent être saisis. Par ailleurs, l'auto-entrepreneuriat, comme toute création d'entreprise, constitue un risque, un pari sur l'avenir sans certitude quant à la réussite de l'affaire. Dans ces conditions, mieux vaut être sûr de son idée avant de se lancer, et effectuer une étude de marché n'est pas à la portée de tout le monde. N'est pas auto-entrepreneurs qui veut, et beaucoup sont ceux qui déchantent.

Les études récentes montrent que très peu d'auto-entrepreneurs parviennent à vivre de leur travail. En France seulement, l'INSEE a montré que la moitié des auto-entrepreneurs ne dégagent pas de bénéfices et parmi ceux qui affichent un bénéfice supérieur à 0 euro, seuls 10 % gagnent plus que le revenu minimal. Ainsi, l’auto-entrepreneuriat ne peut être envisagé comme une solution durable mais plutôt comme un tremplin vers un emploi plus stable. Il doit être perçu comme une première étape dans la vie professionnelle d'un jeune, qu'il soit diplômé ou non. En outre, l'essence même de l'auto-entrepreneuriat est parfois détournée par des employeurs qui ont recours au salariat déguisé pour échapper à l'imposition classique. Les jeunes auto-entrepreneurs ainsi employés ne peuvent pas bénéficier des avantages sociaux issus du contrat de travail classique (congés payés, arrêt maladie, préavis en cas de licenciement etc.).

Bien que la plupart des auto-entrepreneurs soient dans une situation précaire, ils constituent un groupe de plus en plus visible dans la société européenne et cherchent à faire entendre leur voix sur la scène politique. Par exemple, les 900 000 auto-entrepreneurs français, rassemblés autour du mouvement des « poussins », s'opposent farouchement à la modification de leur régime envisagée par le gouvernement actuel. Ils se positionnent au contraire en faveur du développement du statut d'auto-entrepreneur à la française dans d'autres pays européens.

Erasmus pour entrepreneurs : un premier pas vers le rêve européen

Au sein du marché intérieur, le principe de liberté d'établissement énoncé par le Traité sur l’Union européenne, et la directive « services » permettent certes à tout citoyen de l'Union de créer librement une entreprise et de bénéficier d'une bureaucratie allégée, mais le manque d'harmonisation des législations sont un frein à la mobilité. Alors que seules 10 % des entreprises exportent hors de leur territoire national, l'Union européenne a souhaité encourager les jeunes à acquérir de l'expérience en dehors de leur pays d'origine. En ce sens, l'Erasmus pour entrepreneurs (Erasmus for Young Entrepreneurs – EYE) créé en 2009 dans le cadre du SBA permet à de jeunes hommes et femmes d'affaires de travailler pendant quelques mois dans une entreprise située sur le territoire européen et se voir confier des responsabilités de chef d'entreprise.

Pour autant, si les participants sont globalement satisfaits à l'issue de l'échange, le programme peine à s'imposer dans certains pays de l'Union. Les participants, jeunes et chefs d'entreprise confondus, viennent principalement du sud de l'Europe – Espagne, Italie et Grèce, alors que les candidats demandent en priorité à exercer leur stage en Angleterre ou en Allemagne. Du reste, il y a plus de candidats que d'entreprises d'accueil et les organisateurs peinent à placer tous les jeunes. Ainsi en 2012, 1640 chefs d'entreprise et 2445 jeunes ont participé au programme. Malheureusement, la frilosité des chefs d'entreprise et la mise en œuvre inégale sur le territoire européen mettent en péril la poursuite du programme dans les années à venir.

Créer son propre job plutôt que de rester chômeur, nombre de jeunes sont séduits par le concept, car après tout, l'on n'est jamais mieux servi que par soi-même. L'auto-entrepreneuriat, et avec lui, l'ensemble des politiques favorables aux petites entreprises, ont permis de stimuler la prise de risque sans pour autant se calquer à la lettre sur le modèle américain et permettre aux jeunes européens de mettre à profit leur compétences au service d'un projet. Cependant, l'auto-entrepreneuriat ne correspond pas à tous les profils, il nécessite une expertise, un projet, une envie et des financements solides et ne peut être envisagé comme unique parade contre le chômage des jeunes.

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Source photo: Confident Business People sur Flickr.

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