Guimarães : de berceau de l'identité portugaise à capitale européenne de la culture

Par Domenico Valenza | 27 janvier 2012

Pour citer cet article : Domenico Valenza, “Guimarães : de berceau de l'identité portugaise à capitale européenne de la culture”, Nouvelle Europe [en ligne], Vendredi 27 janvier 2012, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1403, consulté le 24 juin 2017

Située au coeur de l’histoire du pays, Guimarães sera cette année capitale européenne de la culture avec la ville slovène Maribor. Dans un contexte de chômage important, la manifestation représente un véritable défi pour la relance du tissu économique et culturel de la ville ainsi que de son district. Le développement d’une économie créative et la requalification urbaine représentent les deux priorités principales afin d’assurer à Guimarães une perspective de relance sur le long terme.

La capitale européenne de la culture : histoire et évolution

Né en 1985 suite à l’initiative de Melina Marcouri et Jack Lang, ministres de la culture grecque et français, le concept de ville européenne de la culture (ensuite renommé capitale européenne de la culture) est un titre attribué à une ville européenne pendant un an et visant à la fois à promouvoir sa richesse culturelle et à « contribuer à la compréhension mutuelle entre citoyens européens ». Lancée en 1985 grâce à une résolution du Conseil des Ministres de la Culture des États membres, la Décision 1419/1999/CE du Parlement européen et du Conseil établit l’initiative en tant qu’« action communautaire ».

Initialement ouverte aux villes de pays tiers, depuis 2006 une nouvelle décision précise que la capitale européenne de la culture ne peut être qu’une ville située dans un État membre. Remplaçant la décision de 1999, elle établit également un nouveau calendrier annuel suite à l’entrée de nouveaux États membres dans l’Union européenne. Cette année, les deux villes choisies sont Guimarães, au Portugal, et Maribor, en Slovénie. Afin de comprendre à la fois l’organisation mise en place et les initiatives culturelles prévues, nous choisissons de consacrer le premier de deux articles à la ville portugaise.

Le « berceau » de l'identité portugaise

Située dans le district de Braga, au nord du pays, la ville de Guimarães est considérée comme « le berceau » de l’identité et de la culture portugaises. En effet, en 1128, la bataille de São Mamede, près de Guimarães, opposant les troupes de la comtesse Thérèse de Leon et celle d’Alphonse-Henri, son fils, se solde par la victoire de ce dernier et par l’indépendance du Portugal en 1139. Ces événements placent la ville au cœur de l’histoire portugaise, tout comme le centre urbain médiéval parfaitement conservé au cours des siècles, et inscrit depuis 2001 au patrimoine mondial de l’UNESCO « pour son unité, son système de construction, ses caractéristiques architecturales ainsi que son intégration dans le paysage urbain ».

Malgré un passé glorieux, au cours des années récentes Guimarães a dû faire face à la crise de ses industries textiles, véritable noyau dur du tissu productif. Face à une  sensible augmentation du chômage, la municipalité de Guimarães a favorisé la requalification des chômeurs ainsi qu’un soutien aux activités culturelles pour sa population jeune. À cet égard, le titre de « capitale européenne de la culture » représente, pour la ville portugaise, une véritable opportunité pour renforcer à la fois ses efforts en matière de développement urbain et sa réputation culturelle qu’elle-même revendique par son histoire.

Un nouveau capital humain et une économie créative

Le 5 novembre 2008, lors de la réunion du panel de sélection, la délégation de Guimarães présente les buts de l’initiative culturelle. Premièrement, elle vise à la « régénération de la ville », c’est-à-dire un renouvellement à la fois social et économique sous l’impulsion de la culture. Ensuite, il s'agit de transformer la ville en « modèle pour un leadership culturel », à travers la collaboration avec d'autres centres européens.

Dans son programme présenté récemment et consultable sur le site officiel de Guimarães 2012, la Fondation « Cidade de Guimarães » précise ses buts au niveau urbain, proposant le développement à la fois d’un capital humain et d’une économie créative. Ces deux buts s’accompagnent de la « génération d’une nouvelle géographie des sens », visant à transformer les espaces du passé en lieux de nouvelles expériences créatives.

Les deux volets du budget

Les deux organismes responsables de la mise en œuvre  de Guimarães 2012 sont la Fondation « Cidade de Guimarães » et la « Câmara Municipal », le conseil municipal de la ville. Créé en août 2009, la Fondation est responsable de l’organisation du programme  culturel ainsi que de la promotion de la culture de la ville sur le long terme. La Câmara Municipal sera chargée du programme de régénération urbaine de la ville.

Le budget total de Guimarães 2012 s’élève à 111 millions d’euros et présente deux volets : l’un dédié à la réalisation des infrastructures nécessaires, pour un total de 70 millions, l’autre à la mise en œuvre du programme culturel, s’élevant à 41 millions d’euros. Ce dernier se compose à la fois de fonds nationaux et locaux (23 millions) et de fonds structurels (28 millions), et notamment du Programme opérationnel régional pour la région Nord du Portugal, cofinancé par le Fonds européen de développement régional (FEDER). 25 millions seront consacrés au programme tout court ; 8 millions, en provenance de l’Office du Tourisme national, soutiendront la communication de l’événement ; les 8 millions restants couvriront les coûts administratifs.

La requalification de l’espace : l’exemple du CAAA

Après analyse du budget, une donnée paraît évidente : les investissements pour les infrastructures sont au cœur du projet portugais. À cet égard, la mairie et le Conseil municipal de la ville ont renoncé à la construction de nouveaux bâtiments, choisissant de s’inspirer d’un modèle réalisé avec succès en Europe occidentale, et notamment en Angleterre (Liverpool et Newcastle) et dans la Ruhr allemande : la requalification des espaces industriels.

Inauguré le 1er octobre 2011, le CAAA (Centre for Arts and Architecture Affairs) représente un exemple parfait de reconversion d’une ancienne industrie textile. Il dispose d’un studio de production, d’une librairie d’architecture ainsi que de plusieurs espaces d’exposition. Le projet conçu par Ricardo Areias, architecte originaire de Guimarães et installé à New York, permettra également de développer de nouvelles initiatives culturelles au cours de l’année.

Créer l’emploi par la culture

En ce qui concerne le programme culturel de l’année, la Fondation a défini quatre thèmes principaux : Ville, Communauté, Pensée (thème dans le cadre duquel plusieurs initiatives seront dirigées par l’écrivain Mario Vargas Llosa) et Arts. Le mot « requalification » est encore une fois au centre de la stratégie portugaise : en effet, il ne suffirait pas de mener une conversion urbaine tout court. Le programme se propose ainsi d’animer ces lieux sur le moyen et long terme.

De plus, cette reconversion ne devra pas s'arrêter à la composante urbaniste, et le quatrième volet du programme consacré aux arts confirme ce constat. En effet, deux composantes de ce volet tenteront d’encourager la productivité dans le domaine culturel : « Music » et « Cinema » prévoient à la fois l’augmentation des compétences professionnelles au sein de la région et le soutien à de nouvelles productions indépendantes. La création d’emploi dans le domaine de la culture représente donc un but avoué et poursuivi par le comité organisateur.

Un pari à gagner

La mise en œuvre d’un tel événement, comme d’ailleurs tous les événements culturels ou sportifs se déroulant dans une ville, peut amener, à l’aide des financements, à la reprise de l'activité économique ainsi qu’à la requalification urbaine d’espaces abandonnés. Création de nouveaux emplois, transformation de la ville dans une réalité culturelle affirmée, ouverture ou renforcement du tourisme. Ce dernier aspect a été l'objet d'une attention toute particulière par le comité de sélection lors de la présentation du projet portugais.

En particulier, la capacité d’attirer le public européen et l’augmentation des structures réceptives ainsi que l’amélioration de leurs services représentent les deux défis principaux pour Guimarães d’ici la fin de l’année : c’est surtout cet élément qui a permis à plusieurs villes nommées « capitales » d’augmenter leur attractivité et de la garder au cours des années. Dans l’attente de savoir si le berceau de l'identité portugaise gagnera son pari, le programme débutera le 21 janvier avec un spectacle théâtral et multimédia en plein air.

Pour aller plus loin 

Sur Nouvelle Europe

Sur Internet

Source photo : Guimaraes 13, par Dantadd, sur wikimedia commons 

Commentaires

Article très intéressant, merci

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