Giedrius Cekuolis: ambassadeur de Lituanie en France

Par Philippe Perchoc | 21 octobre 2006

Pour citer cet article : Philippe Perchoc, “Giedrius Cekuolis: ambassadeur de Lituanie en France”, Nouvelle Europe [en ligne], Samedi 21 octobre 2006, http://www.nouvelle-europe.eu/node/9, consulté le 25 juin 2017

Les Lituaniens et l'adhésion

- Quel bilan général faites vous de l'adhésion lituanienne depuis 2 ans ?

L’adhésion à l’UE a transformé l’engagement choisi par la Lituanie dans les affaires régionales et internationales. La Lituanie a rejoint cette organisation avec une vision de devenir un membre actif, créatif en matière d’idées politiques et de solutions pratiques pour la coopération régionale.

Je souhaiterais mentionner quelques uns des avantages concrets de l'adhésion à l'UE. Le plus important est le fait de décider, à voix égale avec les autres pays membres, des questions européennes les plus diverses.

Le soutien financier et les subventions de l'UE participent à la croissance de notre économie ainsi qu'au financement des réformes de notre pays. Environ un milliard d'euros de fonds structurels et 750 millions d'euros d’aide à l'agriculture ont été attribués à la Lituanie pour la période 2004-2006. Pour la période 2007-2013, ces aides atteindront respectivement 5,8 et 4,6 milliards d'euros.

Les opportunités du marché intérieur de l'UE se sont ouvertes aux entreprises lituaniennes. Actuellement, les exportations de la Lituanie en direction des pays de l'UE représentent environ les 2/3 des exportations totales, et leur volume est en constante augmentation. Cela confirme que la Lituanie se sent en confiance sur le marché ouvert européen.

- Comment expliquez vous l'évolution générale du sentiment pro-européen chez les Lituaniens après 2 ans d'élargissement? (positif ou négatif? pourquoi?)

Le sentiment pro-européen chez les Lituaniens reste l'un des plus positifs de l‘Union européenne. A la fin de l’année 2005, 70% des lituaniens étaient de l'avis que l‘appartenance a l‘UE est une bonne chose pour la Lituanie. Cela s'explique vraisemblablement par le fait que l‘économie lituanienne a beaucoup gagné de cette appartenance, et cela se sent dans la vie quotidienne. De plus, les citoyens lituaniens bénéficient de la liberté de mouvements permise par l'UE et en profitent énormément. La jeunesse peut encore plus librement saisir l'opportunité d'étudier dans les universités européennes étrangères. Enfin, les lituaniens ont entière confiance en les institutions européennes.

- Quelles ont été les déceptions ou, tout du moins, les domaines dans lesquels vous pensez que l'adhésion aurait pu être plus satisfaisante?

Je dois reconnaître que nous nous attendions à une ratification rapide de la Constitution européenne. Dans certains cas, nous regrettons une unité plus forte au sein de l'UE. Nous souhaiterions que l'Europe parle d'une seule voix, notamment en ce qui concerne les questions de politique étrangère et énergétiques. Malheureusement, la Pologne et les Pays Baltes n'ont pas été consultés lorsque la décision a été prise de construire le gazoduc nord-européen par exemple.

Nous espérions en outre l'avis favorable de la Commission européenne pour introduire l'euro en Lituanie dès le 1er janvier 2007, mais selon l’évaluation récente de la Commission européenne, la Lituanie n’est pas prête à introduire l’euro à partir du début de l’année prochaine, même si les finances publiques de notre pays sont dans un état très dynamique. Le déficit public et le niveau d’endettement sont l’un des plus faibles parmi tous les pays membres et bien en dessous des limites prévues dans le Traité de Maastricht. La conclusion de la Commission européenne est fondée sur le fait que la Lituanie ne répond pas à l’un des cinq critères applicables aux pays qui souhaitent la monnaie unique, à cause d’un dixième de point de pourcentage. Il s’agit du critère relatif à l’inflation, qui dépasse légèrement la valeur de référence. L’introduction de l’euro reste toujours notre objectif, c’est un pas politiquement et économiquement utile et importante pour devenir part entière du marché commun.

- Pensez vous que le budget européen actuel est suffisant pour financer l'élargissement?

Nous avons activement participé aux négociations sur les perspectives financières. Nous pensons avoir réussi à attirer l'attention sur les besoins lituaniens en matière de développement économique et socio-économique et à aboutir à un bon accord sur le budget à long-terme.

La Lituanie et le futur de l'Europe

- Quels sont les domaines dans lesquels vous pensez que la Lituanie a pu apporter son "expertise" à l'Union européenne?

Je crois que les propositions lituaniennes sont entendues et appréciées au sein de l’Union européenne, particulièrement celles concernant les relations de l'UE avec les pays orientaux voisins: la Russie, l'Ukraine, la Moldavie et les pays du Caucase.

Nous pensons qu’il est indispensable que l'Europe actuelle analyse ses principes de coexistence avec ses voisins. C'est pourquoi, les 4 et 5 mai 2006, les présidents lituanien et polonais ont communément organisé à Vilnius une rencontre au plus haut niveau ("Conférence de Vilnius") sur le thème: une vision commune pour un voisinage commun. Les présidents de neufs états européens (Bulgarie, Estonie, Géorgie, Lettonie, Pologne, Lituanie, Moldavie, Roumanie et Ukraine), le vice-président des Etats-Unis R. Cheney, le représentant de la Politique Etrangère et de Sécurité commune de l'UE J. Solana, des représentants d'autres états et organisations internationales y ont participé. Dans leur déclaration, les participants ont souligné les avancées démocratiques irrévocables en Europe Centrale et Orientale, l'importance de la coopération régionale et du développement d'une politique de voisinage, et soutenu les organisations non-gouvernementales qui encouragent les valeurs démocratiques en Europe ainsi que l'idée de la Création d'un Fonds Démocratique européen.

- Quelles sont les priorités européennes de la Lituanie?

L'une des priorités européennes les plus importantes pour la Lituanie est que l'Union européenne fonctionne de manière efficace et que ses citoyens lui accordent leur confiance. C'est pourquoi nous pensons qu'il est crucial de poursuivre le processus de ratification et d'encourager les discussions sur l'avenir de l'Europe, ses frontières et ses devoirs, ainsi que son évolution sociale et économique.

Dans le domaine économique, nous attendons des décisions favorables concernant l'introduction de l'euro, ce à quoi nous sommes parfaitement préparés. Dans l'objectif d'assurer à la Lituanie une pleine intégration économique à l'UE ainsi qu'une stabilité énergétique, nous souhaitons voir se réaliser les grands projets d'infrastructures de transports et énergétiques tels le pont électrique lituano-polonais, Rail Baltica et Via Baltica. L'intégration à l'espace Schengen en 2007 fait également partie des priorités lituaniennes. Concernant les relations extérieures de l'UE, la politique de voisinage et le développement des relations entre l'UE et la Russie, tout comme le dialogue transatlantique avec les Etats-Unis revêtent une importance particulière pour la Lituanie.

- Comment se place la Lituanie dans le débat sur la Constitution européenne?

De notre point de vue, les résultats des referendums français et néerlandais ne devraient pas nous empêcher de poursuivre la politique d’intégration européenne. La Constitution européenne devrait renforcer le processus de l’intégration européenne.

L’UE a aujourd’hui besoin d’une direction ferme, d’institutions fortes et de nouvelles initiatives. Notre vision de l’Europe nécessite quatre pré-conditions: En premier lieu, les Européens devraient être ouverts à de nouvelles solutions. En second lieu, la solidarité et l’équité devraient rester l’âme de l’UE. En troisième lieu, nous devrions nous sentir responsables envers les peuples de nos propres pays, ainsi qu’envers ceux des pays voisins, sur lesquels notre influence jouera. La vision de l’Europe que nous créons affectera de manière égale tous les voisins de l’UE – la Turquie, les Balkans, le Sud-Caucase, l’Ukraine et bien sûr la Russie. En quatrième lieu, l’Europe devrait fermement adhérer aux politiques liées aux valeurs et être ambitieuse dans la poursuite de buts communs. La politique étrangère européenne devrait contribuer à la promotion de la démocratie, des droits de l’Homme et de l’État de droit.

Nous devons également comprendre les relations et les doutes de nos citoyens à propos du futur de l’Europe. L’UE doit être intelligible et acceptable aux yeux des citoyens européens. À ce titre, la décision de la Commission de lancer « le plan D » pour la démocratie, le dialogue et le débat en Europe était un pas dans la bonne direction. Les gouvernements nationaux devraient suivre ce chemin. Un débat approfondi a besoin d’un agenda commun et d’un plan d’action.

Politique de voisinage

- Dans sa volonté de se placer comme un "pont" entre l'Union européenne et la Russie, quels sont les atouts de la Lituanie? Et quels sont, vu de Vilnius, les sujets prioritaires de discussion avec la Russie?

La Lituanie et la Russie peuvent se réjouir aujourd’hui de leurs relations amicales de voisinage, qui se développement avec succès : nous avons signé un Accord Frontalier et de Réadmission, avons résolu le problème du transit des voyageurs de Kaliningrad via la Lituanie, le commerce et les investissements bilatéraux sont en constante augmentation.

Les circonstances géographiques et historiques ont conditionné la connaissance de nos deux pays et une expérience de coopération unique, qui est utile à la Lituanie dans le développement du dialogue entre l‘UE et la Russie. Je pense qu’un partenariat stratégique véritable entre la Russie et l’UE doit être fondé non seulement sur des intérêts communs, mais sur des valeurs communes, l’engagement de défendre les droits de l’Homme, la démocratie et l’état de droit. Sinon nous ne pourrons ni utiliser notre potentiel de relations dans sa totalité, ni améliorer les relations bilatérales. Nous pouvons élargir notre coopération, sans se limiter au commerce et aux ressources énergétiques. Un dialogue ouvert et constructif entre deux partenaires unis par des liens culturels, politiques, économiques – voici résumée la vision des relations entre l’UE et la Russie.

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