Florent Parmentier (Sciences Po) : "Un consensus difficile"

Par Eurechos | 3 mars 2010

Pour citer cet article : Eurechos, “Florent Parmentier (Sciences Po) : "Un consensus difficile" ”, Nouvelle Europe [en ligne], Mercredi 3 mars 2010, http://www.nouvelle-europe.eu/node/823, consulté le 19 juillet 2018

 

florent_parmentier_50.jpgPour Florent Parmentier, chercheur au Centre d'études européennes de Sciences-po,  la question du gaz en Europe est très politisée et le consensus autour d'un projet précis semble difficile à obtenir. 

Quels sont les facteurs qui feraient se décider les pays membres en faveur d’un soutien à Nabucco ? A South Stream ?  

Il faut bien distinguer plusieurs niveaux d’analyse : théoriquement, ce sont les entreprises qui doivent soutenir tel ou tel projet, et les Etats sont là pour leur faciliter la tâche. Normalement, le critère économique doit être déterminant. Néanmoins, il est aisé de voir que ces deux projets de gazoducs sont largement politisés dans les débats actuels. 

Est-il possible que les pays arrivent à un véritable consensus, pour que l’UE ne soutienne qu’un projet ? Quel est l’intérêt pour l’UE d’aboutir à cela ?  

Obtenir un consensus semble a priori difficile : d’un côté, pour Nabucco, on trouve les institutions européennes et plusieurs pays de taille moyenne, de l’autre, on retrouve deux Etats fondateurs associés au projet (l’Italie, plus récemment la France). Plusieurs pays jouent d’ailleurs sur les deux tableaux, arguant qu’il vaut mieux avoir deux gazoducs plutôt qu’un seul sur son territoire.

La concurrence entre deux projets économiques ne constitue pas en soi une mauvaise nouvelle pour l’UE. Au niveau européen, c’est plutôt le manque d’interconnexions qui pose problème : en l’existence d’un marché intérieur, les possibilités de chantage sur les approvisionnements contre tel ou tel pays sont réduites à néant, sauf à l’exercer à l’encontre de l’ensemble de l’UE. Or, ce marché intérieur n’est pas achevé, ce qui rend certains pays vulnérables.  

Ces deux projets peuvent-ils vraiment se compléter ? A quelles conditions ?  

La coexistence des deux projets dépend d’une question essentielle : celle des besoins énergétiques de l’UE. Si la demande européenne en gaz naturelle baisse, il est probable que les deux projets ne puissent cohabiter. En revanche, si la demande augmente, les deux projets peuvent trouver leur place.  

Quels sont les principales différences entre South Stream, Nord Stream et Nabucco du point du vue du statut de ces projets ?  

Nabucco et Nord Stream ont obtenu le statut de « réseau trans-européen » (TEN – Trans European Network), ce qui les qualifie comme des projets d’intérêt commun et les rend éligibles à des soutiens financiers. South Stream ne dispose pas du même statut. 

Quels sont les principaux points faibles de ces projets ?  

Pour Nabucco, d’énormes doutes existent en ce qui concerne l’approvisionnement. En l’état actuel des choses, le projet ne pourra pas acheminer les 31 gm3 de gaz prévus pour assurer sa viabilité économique. Le problème de South Stream est un peu différent. C’est un gazoduc de producteur (ce qui constitue un avantage), mais dont le coût prévu s’avère aujourd’hui pharaonique, même pour une entreprise comme Gazprom.  

Quels sont les autres projets de diversification des approvisionnements sur la table à l’heure actuelle ?  

Il existe plusieurs autres projets de diversification des approvisionnements. La multiplication des terminaux en gaz naturel liquéfié (GNL) pour obtenir du gaz liquéfié qatari est une des principales voies actuellement. Sur le plan des gazoducs, les projets évoqués à l’instar de White Stream ou du transcaspien semblent être en retrait par rapport à Nabucco ou South Stream. L’interconnexion Turquie – Grèce – Italie dispose d’un peu plus de chances d’être réalisée.  

Quels sont exactement les intérêts de la Slovaquie, actuellement présidente, par rapport à l'énergie?  Quel est son poids en la matière?  

La Slovaquie dépend entièrement de la Russie en ce qui concerne son approvisionnement. Cependant, en soi, cette dépendance ne veut rien dire : certains Etats très dépendants ont une attitude méfiante envers la Russie (Pologne), d’autres sont plus accommodants (Finlande). Le cas de la Slovaquie est intéressant, dans la mesure où elle a été durement frappée par la crise russo-ukrainienne de janvier 2009, mais que dans le même temps, elle conserve des relations pragmatiques avec la Russie avec les dirigeants actuels. La Slovaquie peut jouer le rôle de modérateur, à même de comprendre les craintes des uns et les attentes des autres. 

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