Florent Parmentier : les enjeux du référendum de septembre 2010 en Moldavie

Par Marion Soury | 8 septembre 2010

Pour citer cet article : Marion Soury, “Florent Parmentier : les enjeux du référendum de septembre 2010 en Moldavie”, Nouvelle Europe [en ligne], Mercredi 8 septembre 2010, http://www.nouvelle-europe.eu/node/922, consulté le 13 décembre 2017

Le 5 septembre 2010 a lieu un référendum portant sur le mode de désignation du Président moldave. Les citoyens devront répondre à la question suivante : « optez-vous pour la modification de la Constitution afin qu'elle permette l'élection par le peuple du Président ? » L'enjeu est de taille, puisqu'il s'agit de trouver une issue à la crise politique qui dure depuis plus d'un an dans le pays, suite aux événements d'avril 2009. Nouvelle Europe revient sur le contexte politique en Moldavie et les perspectives de normalisation suite au référendum avec Florent Parmentier, post-doctorant au Centre d'études européennes de Sciences Po et qui a récemment publié Moldavie. Les atouts de la francophonie.

Dans quel contexte politique va avoir lieu le référendum du 5 septembre prochain ?

Pour bien comprendre la situation actuelle et en saisir les enjeux, il est nécessaire de remonter le fil des évènements politiques depuis une dizaine d'années. Globalement, le climat politique est marqué par une incertitude quant à la direction à donner au pays, et par un fort clivage entre les communistes et les partis libéraux et démocrates.

De leur arrivée du pouvoir en 2001 à 2003, les communistes amorcent un rapprochement vers la Russie, qui prend fin avec le refus du Président moldave Voronine de signer un projet russe de résolution du conflit transnistrien par la fédéralisation du pays, le mémorandum Kozak. Le projet échoue, car il entendait donner trop de poids à la région transnistrienne, qui est une région indépendantiste de l'est de la Moldavie. Suite à cet épisode, la tendance est plutôt au discours pro-européen. La création en 2005 de la mission européenne EUBAM (Euopean Union Border Assistance Mission), dont l'objectif est de contribuer à la surveillance des frontières pour lutter contre la contrebande, est appréciée à Bruxelles, mais mal accueillie par les Russes. En 2006, Moscou décide d'ailleurs d'appliquer un blocus sur les vins moldaves, au prétexte qu'ils ne répondent pas aux normes phytosanitaires. On observe encore un changement d'attitude en 2008, où les communistes renouent avec la Russie, doublée d'une dégradation des relations avec la Roumanie.

C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre les événements d'avril 2009. On assiste alors à un éclatement des tensions accumulées à plusieurs niveaux à l'occasion des élections législatives qui voient la victoire des communistes, et qui sont suivies par des manifestations parfois violentes dénonçant des fraudes électorales. Face à cette situation, les partis de l'opposition décident de s'allier face au parti communiste dans un « esprit du 7 avril », qui perdure jusqu'aujourd'hui.

Pourquoi avoir décidé d'organiser un référendum sur le mode de désignation du Président ?

À l'issue des élections d'avril 2009, les communistes obtiennent officiellement 49,5% des voix, et disposent de 60 sièges sur un total de 101. L'élection du Président nécessitant une majorité parlementaire des trois cinquièmes, il ne reste alors qu'à débaucher une voix de l'opposition, la « voix en or ». Contre toute attente, les communistes ne parviennent pas à élire de Président, ce qui conduit à l'organisation de nouvelles élections en juillet 2009. Si ce nouveau scrutin voit la victoire de l'opposition, les communistes ne disposant à présent que de 48 sièges, sa majorité ne lui permet toujours pas d'élire un Président. Les partis dits de l'opposition se regroupent en une coalition nommée « Alliance pour l'intégration européenne », qui comprend des libéraux-démocrates, le parti libéral, le parti démocrate et l'Alliance « Notre Moldavie ». La coalition rassemble 53 sièges sur les 61 voix nécessaires pour être en mesure d'élire un candidat au Parlement. Les communistes usant de la même stratégie pour empêcher l'élection du président, la Moldavie se trouve dans une impasse. D'autant plus que le président par intérim Mihai Ghimpu est loin de faire l'unanimité. Afin de sortir de cette crise politique, il a finalement décidé d'organiser un référendum pour réformer le mode d'élection du Président.

Quels sont les enjeux de ce référendum pour la Moldavie ?

Il faut noter que l'élection du Président au suffrage universel direct était la règle avant la réforme constitutionnelle de 2000, et que deux Présidents en exercice ont dû quitter le pouvoir après leur mandat.

Dans le contexte actuel de tension politique, le référendum du 5 septembre apparaît comme un moyen de régler cette question une fois pour toute. L'opinion publique moldave semble largement acquise au « oui », même si une interrogation persiste sur le taux de participation.

Comment voit-on la situation moldave depuis la Transnistrie ?

Les dirigeants de la région agitent des épouvantails : « n'importons pas l'instabilité de la Moldavie chez nous ! Gare à l'unification entre la Roumanie et la Moldavie ! ». Il faut préciser que la Transnistrie traverse actuellement une crise économique aiguë.

Les autorités transnistriennes tentent de faire valoir leurs différences à Moscou, se présentant comme la garantie du maintien des intérêts russes dans la région. À peine a-t-on évoqué il y a quelques mois la possibilité d'établir un bouclier anti-missile en Roumanie que la Transnistrie se propose d'accueillir des missiles russes...

La question de la Transnistrie a aussi été évoquée récemment lors des dernières rencontres entre Merkel et Medvedev, qui veulent trouver une issue au conflit. Mais la situation du territoire séparatiste est complexe, une partie des élites politiques penchant pour la reconnaissance d'une indépendance pure et simple (le Président Smirnov), d'autres optant pour un rapprochement encore plus sensible avec la Russie, tandis qu'un certain nombre d'intérêts économiques lorgnent du côté du marché européen.

Où en est l'intégration européenne de la Moldavie un an après les événements d'avril et le lancement du « partenariat oriental » ?

Globalement, le contexte européen actuel est plutôt positif pour la Moldavie, qui fait partie des « pays modèles ». Parmi les six pays faisant l'objet du « partenariat oriental » (Arménie, Azerbaïdjan, Biélorussie, Géorgie, Moldavie et Ukraine) lancé en mai 2009, il est certainement le mieux placé pour être considéré comme un partenaire de premier ordre pour l'UE, d'abord pour des accords de coopération privilégiée, puis pour une éventuelle entrée dans l'Union. La Moldavie bénéficie d'un crédit démocratique dans la mesure où les élections donnent des résultats qui ne sont pas connus d'avance. En outre, on observe une présence moldave plus efficace à Bruxelles depuis quelques mois ; le programme présenté en mars par le Premier ministre Vlad Filat à Bruxelles a suscité un intérêt certain. L'opinion publique moldave jugera en partie ses hommes politiques actuels sur leur capacité à obtenir des avantages sur l'accès au marché intérieur et sur la facilitation de délivrance des visas.

 

Le référendum moldave a finalement été invalidé, la participation n’ayant atteint officiellement que 29,67%, alors qu’une participation d’au moins un tiers des électeurs (soit 33,34%) était nécessaire pour déclarer le référendum valide. 

 

florent_parmentier_50.jpgFlorent Parmentier travaille depuis plusieurs années sur l'UE et son voisinage oriental, plus particulièrement l'Ukraine et la Moldavie. Son dernier ouvrage, Moldavie, les atouts de la francophonie, dresse un portrait original de ce pays en l'éclairant sous un jour nouveau, celui de la francophonie si spécifique de ce petit pays latin. Il est également vice-directeur du portail francophone de la Moldavie www.moldavie.fr, et membre fondateur du site www.euro-power.eu.

 

Pour aller plus loin 

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À lire

  • F. Parmentier, Moldavie, les atouts de la francophonie, Paris, Non Lieu, 2010.

Source photo : Parlement moldave, par Buen Viajero, sur Flickr  

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