Europe des cercles en 2010. Un état des lieux.

Par Philippe Perchoc | 22 août 2010

Pour citer cet article : Philippe Perchoc, “Europe des cercles en 2010. Un état des lieux.”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 22 août 2010, http://www.nouvelle-europe.eu/node/915, consulté le 26 septembre 2017

L'Europe des cercles a la côte. Elle revient régulièrement dans les débats sur les manières de faire progresser la construction européenne. On invoque l'exemple de l'espace Schengen créé par quelques Etats et peu à peu élargi à d'autres. D'autres, comme Christophe Leclercq d'Euractiv.com, en appellent à un rapprochement de six grands Etats de l'UE avec leurs trois grands voisins (Ukraine, Turquie et Russie). Avant d'aller si loin, peut-on faire un état des lieux ?

Le continent européen est probablement le plus riche en organisations internationales. Il serait même malaisé de toutes les faire figurer sur une carte ou un schéma. On compterait, en effet ,en plus de l'Union européenne, le Conseil de l'Europe, l'OSCE, l'OTAN ou l'Association Européenne de Libre Echange. L'UE reste pourtant - par sa force d'attraction et sa puissance de socialisation - celle autour de laquelle le continent européen s'organise depuis 1989 comme le montre ce schéma.

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Au coeur de l'Europe, un noyau de 14 Etats à la fois membre de l'UE, de la zone euro et de l'espace Schengen. On y trouve les 6 Etats fondateurs (Allemagne, Belgique, France, Italie, Luxembourg et Pays-Bas), mais aussi des membres plus récents et géographiquement plus périphériques comme la Finlande (1995) ou Malte (2004). Malte et la Slovaquie sont d'ailleurs les nouveaux membres les plus intégrationnistes.

Ce coeur de l'Europe est au croisement de deux politiques (l'Euro et Schengen) qui exercent un pouvoir d'attraction sur ses voisins : de nombreux micro Etats utilisent l'Euro en ayant passé un accord avec l'UE (Andorre, Saint-Marin ou le Vatican), d'autres l'utilisent de facto. Pour ce qui est de Schengen, l'Islande (maintenant candidate), la Norvège et la Suisse en sont membres sans être membres de l'Union européenne. A l'inverse, un certain nombre d'Etats membres de l'UE ne sont pas partie de la zone euro et/ou de l'espace Schengen. 

L'Union européenne tente aussi de stabiliser son voisinage géographique. En 2004, une politique unique - la politique de voisinage - a été mise en oeuvre dans le but de ne pas créer de nouvelles frontières en Europe après l'élargissement. Depuis 2008, cette politique unique a été repensée en deux outils : l'Union pour la Méditerranée, concernant les pays du Sud et le Partenariat oriental pour les Etats de l'Est. 

Le premier projet a été dans un premier temps combattu par les Etats non-méditerranéens du noyau dur qui ne voulaient pas en être exclu. Il a donc été repensé comme un projet de toute l'UE à 27. Le Partenariat oriental, venant dans un second temps, a été lancé par les Suédois et les Polonais qui ne voulaient pas d'une spécialisation des outils de voisinage uniquement pour le Sud et qui se faisaient les avocats d'une porte ouverte pour les Etats orientaux.

Dans un article récent, Christophe Leclercq d'Euractiv.com, évoquait le lancement d'un rapprochement entre les "grands Etats européens" (il en compte 6) et les trois "grands voisins" (Russie, Ukraine, Turquie). Or, un regard à cette carte peut laisser à penser : les six "grands" sont dans des situations bien différentes quant à l'Europe des cercles. C'est aussi vrai pour les trois voisins : la Turquie est candidate, l'Ukraine membre du "Partenariat oriental", la Russie n'apparait même pas sur la carte car elle a toujours voulu bénéficier d'une politique spécifique. 

Plutôt qu'un nouveau "Condominium des Grands", remarquons que la logique d'attraction de l'Union européenne semble jouer d'elle-même si les Etats membres jouent le jeu sans tricher. Il convient donc probablement de renforcer le dialogue de l'UE avec ses voisins ainsi que les programmes qui la rendent attractifs et laisser du temps au temps. Après tout, l'UE est passée de 12 à 27 depuis 1989 et les Etats membres passent doucement, mais sûrement, d'un cercle à l'autre jusqu'au plus central. 

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