Erasme : Nulli concedo

Par Jean-Baptiste Kastel | 7 septembre 2012

Pour citer cet article : Jean-Baptiste Kastel, “Erasme : Nulli concedo”, Nouvelle Europe [en ligne], Vendredi 7 septembre 2012, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1517, consulté le 26 septembre 2017

Humanisme, Thomas Moore, évangélisme politique, Charles Quint, Europe, Luther, mélangez tout cela et vous obtenez : Erasme. Désigné par le sobriquet de « Prince des Humanistes », il symbolise le savoir, l’ouverture, la transmission, le voyage. Avec Grundtvig, Comenius et consorts, il a été choisi par la Commission européenne pour désigner un programme de mobilité de l’Union européenne. Depuis 1987, plus de 340 000 étudiants français ont eu la possibilité d’aller étudier à l’étranger et ont pu suivre Erasme dans sa démarche.

Quand le vélo n’avance plus, il tombe

La philosophie d’Erasme fait écho à la déclaration de Jacques Delors. Philosophe et réformateur, il souhaite améliorer les relations entre la Chrétienté et les fidèles. La fin de l’unité de l’Europe occidentale sous le catholicisme et l’apparition de la Réforme protestante sont nées des abus de Rome.

Fils illégitime d’un prêtre et d’un médecin, il voit le jour entre 1466 et 1469 à Rotterdam. Après avoir suivi une éducation religieuse chez les Frères de la vie Commune (mouvement chrétien mettant en avant la discipline volontaire du corps et de l'esprit cherchant à atteindre la perfection), il prépare un doctorat de théologie à la Sorbonne.

Cette éducation religieuse lui sert de base pour sa démarche. Pour Erasme, le croyant, habité par le Christ, doit demeurer sur terre pour y agir et cesser la simple contemplation. Il adopte une position humaniste et souhaite que la diffusion du savoir et de la connaissance soit plus accessible. Pour lui, l’individu, correctement instruit, reste libre et pleinement responsable de ses actes dans la croyance de son choix. Erasme a prôné la vulgarisation de tous les savoirs. Considérant que la société reposait sur des croyances religieuses, il est essentiel que la parole divine doive être accessible à toute personne.

Après avoir été ordonné prêtre, il parcourt l’Europe. Suite à sa rencontre avec Thomas Moore (l’auteur d’Utopia), il publie les Adages et le Manuel du Soldat Chrétien, œuvres qui proposent une réforme catholique libérale, fondée sur la charité. Erasme est en opposition avec la Curie romaine, celle-ci ne s’occupe pas des croyants et souhaite conserver ses privilèges séculaires. Il publie de nombreux auteurs grecs (Platon, Plutarque) ou latins (Plaute, Sénèque) en considérant que les idées avancées par les philosophes antiques doivent être incorporées dans les doctrines contemporaines.

En 1509, il rédige, avec l’aide de Thomas Moore, l’Éloge de la Folie. Ce sermon vise à réconcilier Socrate, Salomon et le Christ. Dans l’œuvre, la folie est assimilée à l'aveuglement, aux superstitions et aux pratiques pieuses au sein de l'Église catholique. Outre cette attitude critique envers l’Eglise, il joue un rôle de précepteur auprès des grands souverains d’Europe. A l’instar d’un Machiavel, Erasme estime que les dirigeants doivent apprendre à gouverner.

Evangélisme politique

Plusieurs évènements vont troubler son époque, les thèses luthériennes, les guerres de religion, la Réforme, les relations belliqueuses entre François Ier et Charles Quint. Erasme, ne souhaitant pas rester spectateur, va influencer les princes et prélats de son époque.

La publication de l'Education d'un prince (1514), met en avant les enseignements que le prince chrétien doit recevoir. Les guerres étant chose courante, l’œuvre porte un intérêt tout particulier à ce sujet : faire la guerre, c’est renoncer à la raison.

Entre 1517 et 1521, Erasme est le conseiller personnel de Charles Quint. Le jeune souverain va suivre, à sa propre façon, ses conseils. Pendant 40 ans, l’Empereur essaye de constituer un empire européen uni sous la chrétienté catholique.

L’influence grandissante de Luther embarrasse Erasme. Rome lui reproche d’avoir été un investigateur de la Réforme et d’être responsable de l’hérésie luthérienne. Luther essaye de convaincre Erasme de rejoindre le camp des réformateurs, sans succès.

A la différence du prêtre allemand, Erasme reste un pacifiste convaincu. Il proclame que l’Europe doit s’unir et que l’Église doit tout faire pour retrouver son unité perdue en plaidant pour l’unité et la réconciliation. Il meurt en 1536 après avoir refusé une année auparavant la fonction de cardinal proposé par le Pape Paul III.

Que reste-t-il d’Erasme et de l’Humanisme ? Un programme européen de mobilité ou un sourire narquois qui assimile le nom « d’Erasmus » à des vacances estudiantines ?

Actuellement, la Commission européenne élabore le projet Erasmus for All dans le cadre du budget 2014-2020. Il réunirait tous les mécanismes européens et internationaux actuellement mis en œuvre pour l’éducation afin de rendre plus accessible la mobilité à l’ensemble des citoyens européens. Une belle promesse dans la transmission du savoir et de la connaissance.

Pour aller plus loin

Sur Nouvelle Europe

A lire

  • Michel Cassan, L'Europe au XVIe siècle, Cursus, Paris, 2008, 192 p.

Sur Internet

  • Documentation de l’Agence nationale Europe Education France Formation

  • Europa

Source photo : Erasme, Wikimedia commons

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