Eléments d’une identité commune à travers le fait religieux chez les Rroms

Par Emilie Proust | 5 janvier 2007

Pour citer cet article : Emilie Proust, “Eléments d’une identité commune à travers le fait religieux chez les Rroms”, Nouvelle Europe [en ligne], Vendredi 5 janvier 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/85, consulté le 18 décembre 2018
rromsEn tant que diaspora, les Rroms possèdent une double culture, celle de leur propre communauté, en hybridation avec celle du pays ou de la région dans laquelle ils résident. En matière de croyances religieuses, ils ont un socle de traditions plus ou moins partagées selon les différents groupes qui caractérisent leur identité. 

Cependant, la diversité des pays dans lesquels vivent les Rroms n’a pas été sans influence sur leur culture. Ainsi, un fait général est que les gens du voyage adoptent la religion de leur terre d’élection.

 

On trouve donc des Rroms catholiques, protestants, orthodoxes, musulmans ou athées selon les régions où ils se trouvent. La tradition est un pilier identitaire et le ciment du groupe. Les coutumes traditionnelles occupent une large place dans les communautés rroms dont l’organisation est fortement concentrée autour du groupe, de la famille.

 

 

Ce statut primordial de la famille implique un attachement aux institutions, notamment le mariage. L’âge des mariés est généralement plus jeune que dans le reste de la population, au point que cela pose parfois des problèmes : ces dernières années, plusieurs scandales ont éclaté du fait de la précocité extrême de certains, à l’exemple d’une jeune fille de 12 ans en Roumanie. Le corollaire de ces unions est une fertilité importante : la femme prouve ses qualités d’épouse en donnant une descendance nombreuse à son mari et en lui étant dévouée et fidèle. L’organisation familiale rejoint en cela les modèles classiques présents dans les religions que les Rroms ont adoptées, ceci étant parfois réalisé d’une façon extrême.

 

 

Autre moment important de l’existence, l’enterrement est lui aussi le lieu de rassemblement du groupe autour du défunt.

 

 

Ces différents épisodes de la vie sont célébrés par l’ensemble de la communauté. Ils impliquent souvent une dimension religieuse et on remarque que la foi choisie est alors colorée par les coutumes traditionnelles des Rroms, y compris dans certains cas de pratiques divinatoires. La tendance est effectivement à une vision assez stricte de la religion choisie, qui va souvent au-delà des exigences officielles des différents cultes, en particulier en termes de morale.

 

Les évolutions récentes dans le domaine religieux ne sont pas sans affecter les Rroms. Ainsi en est-il de l’essor du protestantisme évangélique, et sa variante charismatique, le Pentecôtisme, notamment depuis les missions d’évangélisation démarrées dans les années 1950 et dont le succès touche les populations rroms de toute l’Europe. Il existe en effet désormais une Eglise évangélique rrom dans chaque pays où vivent des gens du voyage. Cette implantation réussie des évangéliques n’est pourtant pas le fruit du hasard mais s’inscrit logiquement dans leur cadre culturel.

 

Cette religion est une déclinaison stricte du protestantisme « classique » qui insiste fréquemment sur les aspects éthiques et moraux, ce qui est conforme aux coutumes rroms et correspond donc à une vision morale souvent similaire.

 

 

Au-delà de ce simple fait, la doctrine évangélique contient en elle-même des éléments favorables à l’adhésion spirituelle des Rroms. L’insistance sur la grâce divine et la « nouvelle naissance » est un facteur de réconfort important pour un peuple trop souvent stigmatisé pour ses particularités. Si le fait de se considérer comme élu peut être une façon de se dissocier de la société, cette distinction est toutefois positive, et l’identité perçue et vécue ne l’est plus sous l’angle négatif du rejet mais devient une spécificité profitable. Cette élection est donc une reconnaissance qui se veut compensatrice du manque d’acceptation et de possibilités d’expression dans l’espace public. Le revers de ceci est hélas la tendance parfois observable des églises rroms au repli sur soi : si cette religion peut être un lien identitaire fort pour le peuple rrom, l’inconvénient en est par certains aspects un risque de communautarisme accentué qui risque de bloquer son intégration.

 

Enfin, l’attrait produit par cette religion est également dû à son activisme en matière d’universalité. Partageant en ceci une caractéristique présente dans toutes les religions, force est de constater que les moyens mis en place dans la diffusion missionnaire ont porté leurs fruits. On notera parmi eux l’effort de formation des pasteurs parmi les membres du peuple rrom, ce qui diffère de l’envoi de ministres du culte non-rroms dans la plupart des autres confessions. De plus, l’évangélisme n’est pas réellement une religion ancrée dans l’identité d’un territoire particulier, d’autant plus que sa diffusion massive est assez récente. Cet aspect cosmopolite correspond donc à l’essence même du peuple rrom, qui reste un malgré sa dispersion. La force du mouvement tient donc à cette capacité de rassembler dans toute l’Europe, à travers des rencontres annuelles comme celle organisée par l’association Vie et Lumière qui a lieu dans les Vosges au mois d’août. Plus profondément, les évangéliques mènent une action sans frontière dans le domaine de l’action sociale et humanitaire, à travers des organisations telles que l’ASNIT (Association nationale et internationale tsigane) ou plus spécifiquement à l’Europe centrale et orientale la Fondation GATIEF (Gypsies and Travelers International Evangelical Fellowship). Ces dernières œuvres visent à réhabiliter l’image des Rroms et faciliter leur intégration dans les diverses sociétés qu’ils occupent.

 

Voir aussi

 

GARO Morgan, "Les Rroms et les organisations évangéliques : entre culte religieux et stratégie "politique" ?", Hérodote, 2005/10-12, n°119

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Rroms

 

http://www.protestants.org/

Ajouter un commentaire