Elections générales britanniques et Union européenne : un tournant décisif ?

Par Sonia Fodil-Cherif | 5 mai 2015

Pour citer cet article : Sonia Fodil-Cherif, “Elections générales britanniques et Union européenne : un tournant décisif ? ”, Nouvelle Europe [en ligne], Mardi 5 mai 2015, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1903, consulté le 12 décembre 2017

Le 7 mai 2015 se tiendront les élections générales britanniques. Alors que la campagne bat son plein, la question de l’avenir du pays au sein de l’Union européenne est récurrente. Quelle réponse le résultat de ces élections peut-il apporter ? 

Le multipartisme à l’anglaise

Dans quelques jours, les électeurs de l’ensemble du Royaume-Uni seront appelés à se prononcer sur le parti qu’ils souhaitent voir diriger le pays. Selon le nombre de sièges que chaque parti remportera au cours de ces élections législatives, un nouveau gouvernement pourra être formé, succédant ainsi à l’actuel cabinet du Premier ministre conservateur  David Cameron.

Ces élections se caractérisent par un mode de scrutin uninominal majoritaire à un tour : c’est le principe du « fisrt past the post » qui signifie que pour chaque circonscription, c’est le candidat du parti qui remporte le plus de voix qui occupe le siège au Parlement. Ce mode de scrutin a tendance à favoriser les grands partis. Toutefois, cette année, l’émergence de « petits » partis qui représentent des forces politiques  non négligeables rend l’issue des élections plus imprévisible.

En effet, la plupart des experts ne prévoient pas de majorité claire. Cela impliquerait qu’une coalition soit formée entre différents partis pour  pouvoir former un gouvernement. En plus des conservateurs de David Cameron, des travaillistes d’Ed Miliband et des libéraux-démocrates de Nick Clegg, on peut noter la forte présence politique du SNP (Parti National Écossais) mais aussi de UKIP (Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni).

Le Royaume-Uni et l’Union européenne: une relation compliquée 

UKIP milite pour une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE) et souhaite l’organisation d’un référendum pour en décider. Le parti souhaite également réduire de façon radicale l’immigration.  Aux élections européennes de 2014, c’est le parti britannique qui a remporté le plus de suffrages dans le pays (avec un score de 26,6%). La montée en puissance de ce parti populiste et eurosceptique a d’une certaine manière cristallisé la défiance d’une partie des électeurs britanniques à l’égard de l’Union européenne. Du côté conservateur, David Cameron a promis l’organisation d’un  référendum sur la possible sortie du Royaume-Uni de l’UE en 2017. Il s’agit du fameux « Brexit » (forme abrégée de « British Exit »). L’Union européenne est ainsi devenue un sujet incontournable de la campagne.

Pour autant, si elle représente un thème récurrent, elle ne constitue pas l’enjeu principal de ces élections.  Comme les sondages le révèlent, les électeurs britanniques se sentent avant tout concernés par des questions plus « nationales ». Cela inclut notamment la santé, avec la question du financement du système de santé britannique (le NHS pour National Health Service) et des réformes pour une meilleure prise en charge médicale et sociale, notamment des plus âgés. On peut aussi citer l’économie et les débats qu’elle engendre sur l’emploi ou la croissance qui sont en nette hausse mais au détriment du déficit qui est conséquent. L’immigration qui augmente constitue également une préoccupation importante des Britanniques. La plupart des immigrants entrent au Royaume-Uni pour y exercer leur métier ou pour y étudier. Si beaucoup s’accordent pour dire qu’elle est nécessaire (un tiers de la main d’œuvre du NHS est né à l’étranger), la question de son impact réel sur l’économie et l’emploi des citoyens nationaux est cruciale.

Mais alors pourquoi une telle attention est-elle portée à l’Europe ?

L’impact européen sur les politiques britanniques

Le fait est que les politiques de l’UE ont un impact considérable sur ces questions qui touchent particulièrement les Britanniques. Par exemple, les partis présentent une volonté commune de limiter l’immigration. Ainsi, lors du Conseil européen extraordinaire qui s’est tenu le 23 avril 2015 suite au naufrage de plusieurs centaines de migrants cherchant l’asile en Europe, le Premier ministre britannique a promis l’aide du Royaume-Uni pour prévenir de telles tragédies à l’avenir, mais a fait savoir très clairement que les personnes recueillies ne pourront pas trouver l’asile en Grande-Bretagne.  

Les perspectives d’intervention du pays sont limitées en terme de réduction de l’immigration du fait de son appartenance à l’UE. L’une des promesses de campagnes de David Cameron au cours des élections précédentes (en 2010) avait été de réduire le solde migratoire. Ce nombre a en réalité augmenté, avec une part considérable d’immigrants européens. En 2014, le solde migratoire (c’est à dire la différence entre le nombre de personnes ayant immigré au Royaume-Uni et celles l’ayant quitté) s’est élevé à 298,000, soit près de 200,000 de plus que le nombre promis par David Cameron. Parmi les 624,000 immigrants, 251,000 provenaient de l’UE.

Mais l’UE n’impacte pas uniquement sur l’immigration. Sur le plan économique, on peut citer les coûts payés par la Grande-Bretagne en soutien aux frais bureaucratiques qui s’élèvent à 46,5 milliards d’euros et qui apparaissent comme un argument de poids pour les « anti-européens ».

Pas de tournant majeur mais une étape importante

En définitive, quelle réponse les élections générales britanniques sont-elles en mesure d’apporter à la question européenne ?

D’abord, le résultat ne nous indiquera pas si le Royaume-Uni sortira ou non de l’Union européenne. Il donnera plutôt une indication sur la possibilité d’un référendum. En effet, tous les partis ne sont pas en faveur d’une telle consultation populaire, à l’instar des travaillistes et des libéraux démocrates. Le SNP quant à lui est clairement pro-européen. Opposé au référendum, il est par exemple en faveur d’une Politique agricole commune (PAC) simplifiée. Selon le manifeste du parti, une sortie de l’UE serait «  un désastre pour l’emploi en Ecosse ».

Dans le cas très probable où une coalition devra être formée pour mettre en place un nouveau gouvernement, il est difficile de prévoir les concessions que chaque parti sera prêt à faire dans ce domaine.

Si les conservateurs l’emportent et qu’un référendum est effectivement prévu, les évènements ne seront pas tranchés pour autant. David Cameron lui même n’a pas encore décidé s’il ferait campagne en faveur d’une sortie de l’UE ou non. Tout dépendra des compromis qu’il obtiendra de la part de cette dernière.

Car si la plupart des partis partagent une opinion commune à l’égard de l’Europe, c’est bien celle d’une volonté de réforme. En effet les trois grands partis (conservateurs, travaillistes et libéraux-démocrates) semblent s’entendre sur la volonté de limiter l’immigration et d’assurer au Royaume-Uni sa pleine souveraineté, notamment en matière financière.  

Une chose est sûre donc, la question continuera d’agiter le Royaume-Uni et l’Europe. Avec ou sans référendum, les négociations promettent d’être au rendez-vous. Il convient aussi de rappeler que si la possibilité du référendum se concrétise, certains effets collatéraux sont à prévoir. D’un point de vue économique d’abord car le Royaume-Uni deviendra synonyme d’incertitude et les investissements risquent d’en subir les conséquences. Mais d’un point de vue nationaliste également : par exemple, la volonté d’indépendance de l’Ecosse plutôt pro-européenne pourrait être à nouveau d’actualité si les divergences avec Londres sont trop importantes. Mais à nouveau, rien n’est encore joué et de nombreuses issues restent envisageables.

Pour aller plus loin :

Sur Nouvelle Europe :

A lire :

  • Courrier International, « Royaume Uni. La même chanson eurosceptique », n° 1276 du 16 au 22 avril 2015, page 16

Sur Internet :

Image: Flag - Great Britain sur Flickr.

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