Dynamo ou CSKA ? Un voyage sportif à l'est du continent

Par Antoine Lanthony | 15 octobre 2007

Pour citer cet article : Antoine Lanthony, “Dynamo ou CSKA ? Un voyage sportif à l'est du continent”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 15 octobre 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/289, consulté le 22 octobre 2019

analyseballon_basketLe sport était un élément essentiel des sociétés communistes. Mis en avant, valorisé, soutenu, le sport se devait d’être au cœur de l’idéal communiste et représentait l’un des aspects de l’homo sovieticus, tandis qu’il prenait un ton politique lors des compétitions internationales. L’un des aspects encore visibles du sport communiste réside dans les noms des clubs ou associations qui ont pour la plupart traversé les bouleversements politiques. Mais d’où viennent-ils, que signifient-ils et comment fonctionnaient-ils ?

ballon_basketanalyseLe sport était un élément essentiel des sociétés communistes. Mis en avant, valorisé, soutenu, le sport se devait d’être au cœur de l’idéal communiste et représentait l’un des aspects de l’homo sovieticus, tandis qu’il prenait un ton politique lors des compétitions internationales. L’un des aspects encore visibles du sport communiste réside dans les noms des clubs ou associations qui ont pour la plupart traversé les bouleversements politiques. Mais d’où viennent-ils, que signifient-ils et comment fonctionnaient-ils ?

Les principaux organismes et associations soviétiques

L’origine formelle des institutions sportives soviétiques remonte à la fondation de la Société des sports Dynamo dans les années 1920. Comme son nom ne l’indique pas, elle a été fondée sous l’égide du GPU (la police politique). Forte de ses appuis politiques et financiers, elle s’est rapidement développée en restant toujours sous l’égide des différents services (GPU, NKVD, KGB) à tel point qu’il n’était pas rare que de grands joueurs soient effectivement membres de ces services. Le plus connu de ces clubs est certainement le Dynamo Kiev, qui deviendra par la suite un symbole d’affirmation nationale face à Moscou, en étant le seul club soviétique de football non russe à dominer régulièrement les équipes moscovites (13 fois champion d’URSS, un record) et l’un des deux seuls à s’imposer au niveau européen, l’autre étant le club géorgien du Dinamo Tbilissi.

Le second pilier était constitué par la Société des sports des forces armées, sous l’égide du ministère de la défense soviétique. La grande majorité des clubs émanant de cette structure s’appelleront alors CDKA, CDSA, CSKA (club central sportif de l’armée) ou SKA (autres clubs de l’armée), telle l’institution qu’est le CSKA Moscou.

Le troisième et dernier pilier de ces institutions sportives, et le plus important numériquement, était multiple. En effet, les Sociétés des sports des volontaires, institutions civiles (par opposition aux deux précédentes liées aux services de renseignements et à l’armée) tentaculaires, regroupaient plusieurs millions de travailleurs et d’étudiants en plusieurs centaines de sociétés. Trois d’entre-elles acquirent une notoriété internationale : le Spartak (fondé par des ouvriers venus d’horizons très différents, un fait rare dans un pays où les associations corporatistes étaient courantes), mais aussi le Lokomotiv (travailleurs des chemins de fer et des métros) et le Zénit (travailleurs de l’industrie de l’armement). D’autres sociétés sportives existaient, notamment au niveau des républiques, à l’instar du Zalgiris en Lituanie (la bataille de Zalgiris, le 15 juillet 1410, fût une grande victoire militaire de la Pologne-Lituanie). Le club de basketball du Zalgiris Kaunas, incarné par l’icône lituanienne qu’est Arvydas Sabonis a été, au même titre que le Dynamo Kiev, un symbole d’affirmation nationale face à Moscou, en détrônant ses clubs des premières places à plusieurs reprises à la fin des années 1980 et en offrant un terrain autorisé de soutien à la nation lituanienne.

Si les sociétés des sports liées à l’armée ou aux services de renseignements étaient largement monolithiques, il arrivait par contre fréquemment qu’un club change de nom et donc de société des sports à laquelle il était affilié, oscillant entre « petites » et « grandes » sociétés des sports. Beaucoup portaient des noms à consonance géographique ou nationale tel l’Ararat Erevan ou le Karpaty Lviv, ou bien reprenaient à leur compte le travail et la propagande comme pour le Metalist Kharkov (anciennement Lokomotiv) ou le Stakhanovets Donetsk nommé ainsi en hommage au mineur Stakhanov et renommé ultérieurement Shakhtyor puis Shaktar Donetsk. Ils étaient en outre généralement spécialisés dans quelques sports et de dimension plus locale, mais n’en étaient pas moins susceptibles d’atteindre le plus haut niveau. Ainsi, en football, un club comme l’Ararat Erevan deviendra champion d’URSS en 1973.

Il convient de préciser que la grande majorité de ces clubs étaient et sont toujours omnisports, mêlant disciplines individuelles et disciplines collectives.

Outre les sports collectifs, les plus populaires, ces différentes sociétés des sports étaient les principaux pourvoyeurs des athlètes soviétiques pour les Jeux olympiques. Il convient ici de rappeler que l’URSS a participé aux Jeux olympiques pour la première fois en 1952 à Helsinki. Ayant fondé l’Internationale sportive rouge (ISR) en 1921 et organisé des compétitions exclusivement communistes, les Spartakiades, l’URSS a dissout l’IRS en 1937. L’émergence de la Guerre Froide aura finalement été le déclic, les Soviétiques voyant un moyen de s’affirmer face aux Etats-Unis dans une compétition qu’ils avaient depuis les années 1920 qualifiée de bourgeoise et dont ils avaient commencé par interdire ou limiter la pratique de certains sports jugés trop individualistes et privilégiant la concurrence, comme la boxe, au profit des sports collectifs.

Extension du modèle au bloc de l’Est

Les pays nouvellement entrés dans le bloc de l’Est ne s’aligneront pas seulement politiquement, mais dans la quasi-totalité des secteurs de la vie, le sport ne faisant pas exception. L’Allemagne de l’Est, la Bulgarie et la Roumanie feront ici figure de « meilleurs élèves », notamment à travers les équipes nationales.

Là où Bulgarie et Roumanie copieront des structures, des noms de clubs, favoriseront ces nouveaux clubs et associations au détriment des structures existantes, l’Allemagne de l’Est poussera la logique plus loin avec la création sur le modèle soviétique d’une Société des sports Dynamo qui couvrira l’ensemble du territoire et deviendra une usine à champions et un laboratoire du dopage, obtenant des performances du niveau de celles américaines ou soviétiques, mais à un coût humain élevé, comme en témoignent les célèbres nageuses d’Allemagne de l’Est.

Au-delà des moissons de médailles des années 1960, 1970 et 1980, l’héritage communiste se retrouve également de manière très large dans les noms de clubs : Dynamo Dresde, Dinamo Bucarest, Lokomotiv Sofia, CSKA Sofia… et comporte quelques variantes comme le Steaua Bucarest (club de l’armée roumaine) ou le Partizan Belgrade (fondé par l’armée yougoslave en 1945). Il existe également quelques faux-amis tels le Legia Varsovie qui est le club de l’armée polonaise depuis 1916 et dont le nom n’est pas une émanation communiste.

Aujourd’hui

L’effondrement du bloc communiste a porté un coup à de nombreuses structures sociales déjà mal en point à la fin des années 1980. Le sport n’y a pas échappé, et dans certains cas, ne s’en est toujours pas remis.

Au niveau des pays de l’ex-URSS, si la Russie et l’Ukraine, après une période de flottement, ont pu retrouver un certain niveau et une relative compétitivité dans les sports collectifs, il n’en est pas de même dans les sports individuels et dans les autres républiques ou d’anciens clubs majeurs comme le Dinamo Tbilissi ou le Dynamo Minsk ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. La situation est également difficile dans les anciens pays satellites, où même les clubs roumains, serbes et croates, viviers inépuisables de joueurs, piétinent. Le manque d’argent en est la principale raison, les joueurs rejoignant d’autres cieux dès que possible.

La situation est cependant différente en fonctions des sports. A titre d’exemple, la section volley-ball du CSKA Moscou, 13 fois vainqueur de la Ligue des Champions de la discipline chez les hommes (la dernière fois en 1991), ne s’est toujours pas remise de la chute de l’URSS, laissant le champ libre aux équipes italiennes. A l’inverse, la situation est moins flagrante en basket-ball ou en handball de par une plus grande concentration entre quelques grandes nations compétitives qui continuent de se répartir les trophées.

Au niveau du football, La Russie et l’Ukraine ont pu remettre sur pieds des structures grâce notamment à l’intérêt grandissant de quelques milliardaires et entreprises, en premier lieu pour le football. Le CSKA Moscou a bénéficié en 2004 et 2005 d’un contrat de sponsoring avec Sibneft, concrétisé par une victoire en Coupe de l’UEFA en 2005, tandis que Gazprom est par exemple le sponsor du Zénit Saint-Pétersbourg ou que le club ukrainien du Shaktar Donetsk est porté à bout de bras par le milliardaire Rinat Akhmetov, homme le plus riche d’Ukraine et proche de Viktor Ianoukovitch.

Dans l’ensemble de l’Europe post-communiste, ces clubs ont conservé leurs noms, qui, s’ils rappellent un passé communiste que beaucoup veulent oublier, se rattachent également à une histoire locale dont beaucoup de personnes ont été les acteurs, soit en tant que membres soit en tant que supporters. A titre d’exemple, le Dinamo Zagreb a tenté cette rupture en renommant le club Croatia Zagreb en 1993 dans une dynamique nationale influencée par l’ancien président Franjo Tudjman, mais néanmoins infructueuse, puisqu’après de nombreuses protestations et violences, le nom de Dinamo a été à nouveau adopté en 2000.

Alors qu’il aurait été possible de penser que, les pays retrouvant leur liberté, des symboles comme les clubs de l’armée soient dissous ou changent de noms, c’est donc en réalité presque le contraire qui s’est produit. Devenus au fil des années des symboles de résistance nationale et surtout des possibilités de s’exprimer, ils ont au contraire conservé leurs noms, et continuent à être très populaires, leurs supporters, tout en regardant vers l’avenir, se référant facilement à « l’âge d’or » des années 1970 ou 1980.

Cette continuité apparente laisse cependant place à une rupture totale en coulisses où l’argent est devenu le maître-mot, et sur le terrain où l’on voit couramment des clubs ukrainiens de football aligner des équipes composées majoritairement de Brésiliens, Roumains, Croates, Serbes et Nigérians. La formation connaît néanmoins un regain d’intérêt, motivée par l’organisation en Ukraine et en Pologne de l’Euro 2012 de football, par l’adaptation de centres de formations réputés comme celui du Dynamo Kiev aux nouveaux standards occidentaux et par la nécessité de retrouver de très grands noms à l’Est du continent comme ont pu l’être ou le sont encore Sabonis, Petrović, Kukoč, Divac en basket-ball ou Yachine, Blokhine, Belanov, Savicević, Stoitchkov, Chevtchenko en football.

--------------------------------

Palmarès des clubs issus du bloc communiste dans les deux sports collectifs majeurs en Europe :

Football (toutes compétitions confondues) :

Année Nom du club Compétition
1967 Dinamo Zagreb Coupe d’Europe des villes de foire
1969 Slovan Bratislava Coupe d’Europe des vainqueurs de coupe
1974 FC Magdebourg Coupe d’Europe des vainqueurs de coupe
1975 Dynamo Kiev Coupe d’Europe des vainqueurs de coupe
1981 Dinamo Tbilissi Coupe d’Europe des vainqueurs de coupe
1986 Dynamo Kiev Coupe d’Europe des vainqueurs de coupe
1986 Steaua Bucarest Coupe d’Europe des clubs champions
1991 Etoile Rouge de Belgrade Coupe d’Europe des clubs champions
2005 CSKA Moscou Coupe UEFA

 Basket-ball (Euroligue uniquement) :

Année Nom du club
1958 ASK Riga
1959 ASK Riga
1960 ASK Riga
1961 CSKA Moscou
1962 Dinamo Tbilissi
1963 CSKA Moscou
1969 CSKA Moscou
1971 CSKA Moscou
1979 Bosna Sarajevo
1985 Cibona Zagreb
1986 Cibona Zagreb
1989 Jugoplastika Split
1990 Jugoplastika Split
1991 Pop 84 Split (successeur du Jugoplastika Split)
1992 Partizan Belgrade
1999 Zalgiris Kaunas
2006 CSKA Moscou
 
Il est intéressant de noter que durant les années d’explosion de la Yougoslavie, entre 1989 et 1992, les clubs de Belgrade et Split raflaient la majorité des grands titres européens de clubs en football et basket-ball, tandis que l’équipe nationale yougoslave était sacrée championne du monde de ce sport en 1990, et championne d’Europe en 1989 et 1991.
 

Pour aller plus loin :

picto_1jpeg Sur Nouvelle Europe
picto_1jpeg
Article sur l'attribution de l'organisation du Championnat d'Europe 2012 au duo Pologne-Ukraine
picto_1jpeg
Article sur l'attribution de l'organisation des Jeux Olympiques d'hiver 2014 à la ville de Sotchi (Russie)
picto_1jpeg Sur Internet 
picto_1jpeg
Les guerres olympiques de l’URSS sur Regard sur l’Est 

Ajouter un commentaire