Une relance véritablement européenne ?

Par Philippe Perchoc | 5 avril 2010

  

L'Union européenne sort de la crise, crise institutionnelle avec le Traité de Lisbonne, crise économique avec les premiers signes de stabilisation. Pourtant, si l'Europe a toujours avancé par les crises, on se demande aujourd'hui si le train ne serait pas resté en gare. Pour montrer qu'elle existe, elle devra probablement se trouver une destination, mais laquelle ? 

L'Europe en panne ?

L'affaire grecque a donné une image déplorable de l'Union européenne, prise en flagrant délit de manque de solidarité. Un autre cas aurait pu être mis en avant en dehors de la zone euro : l'Union européenne et le FMI aident la Lettonie par le biais de prêts (7,5 milliards d'euros) sans un tel psychodrame continental. Et aujourd'hui, la situation de Riga, tout aussi ou même plus douloureuse que celle d'Athènes, semble se stabiliser.  

Si l'on s'arrête une minute sur l'histoire de la construction européenne, on constate que cette dernière a toujours avancé grâce aux crises. La CECA en 1950 est liée au naufrage de la Seconde Guerre mondiale. La CEE en 1957 doit à l'échec de la CED en 1964 et à la crise de Suez en 1956. L'Acte unique européen en 1986 vient mettre un terme à une crise budgétaire en inventant les politiques régionales. Maastricht et l'euro sont liés à la Chute du Mur de Berlin en 1989. On pourrait donc penser que la crise économique débutée en 2008, la plus grave depuis 1929, aurait permis d'approfondir véritablement la construction européenne.

En réalité, non. Pourquoi ? Tout simplement parce que la simple réforme du mécano institutionnel ne peut pas tout. On nous a longtemps expliqué que les difficultés de l'Europe découlaient d'un problème institutionnel et que le Traité de Lisbonne réglerait nos problèmes. Pourtant, depuis décembre 2009, l'Europe ne semble pas avoir mis en place ni de solution paneuropéenne à la crise, ni s'être dotée d'une nouvelle ambition collective. Pire, on pourrait déplorer une renationalisation de nombreuses politiques.

Le nouveau système de transmission du train européen n'a réglé aucun problème. 

Quelle destination ?

Voilà comment on pourrait résumer simplement le problème européen. Quelle destination ?

Tout d'abord, les wagons ont été diversement endommagés par la collision financière sans qu'un bilan global ait pu être produit. On a évoqué des situations individuelles sans dresser de véritable tableau européen.

Ensuite, on a du mal à saisir quelle destination les Européens se sont donnés. L'année 2010 est celle où l'économie européenne n'est pas "une économie de la connaissance la plus compétitive du monde". En 2000, la Stratégie de Lisbonne avait fixé une belle ambition avec de mauvais outils. Aujourd'hui, on nous vante les beaux outils du Traité de Lisbonne, mais on ne sait pas où on va.

Or, tout traité européen est légitime quand il fixe des objectifs puis des outils. Les Traités de Nice, la Constitution et le Traité de Lisbonne ne parlent que des outils. Ils sont donc "invendables" auprès des citoyens. Quand vous allez à la gare, vous vous préoccupez de la destination avant de savoir s'il y a un wagon-restaurant ? L'UE donne l'impression de faire l'inverse.

Y a-t-il un pilote ? 

Troisième question et pas des moindres. Oui, il y a un pilote. Enfin, il y en a au moins deux. Avec plusieurs co-pilotes. L'esprit des institutions voulait que l'on renforce les pouvoirs de la Commission européenne, boîte à idées de l'UE. Or, elle a été affaiblie au profit du Conseil européen qui représente les États. Par ailleurs, le Conseil a été doté d'un Président élu pour deux ans et demi. Nous avons donc, un co-pilote au Conseil qui n'appuie sur l'accélérateur qu'en cas d'accord de ses 27 contrôleurs et un co-pilote à la Commission qui peine à expliquer la direction du train.

La crise est une formidable chance pour l'Europe. Et maintenant que le train semble avoir passé le tunnel, il serait temps de lui donner une destination. Que voulons-nous faire ensemble ? Quels mécanismes allons-nous inventer pour y arriver ?  

Après le bilan, notre dossier évoque au moins deux pistes à travers la question de l'éducation et de l'économie solidaire. Mais bien d'autres sont encore à inventer. 

Ce mois-ci dans notre dossier 

  • Philippe Pochet : "Si on ne définit pas ce qu’est un 'smart growth', on ne dit rien du tout" 
  • Les "Green Jobs", la nouvelle voie d'une relance de l'emploi ? 
  • Idées, institutions et politiques économiques en Pologne 
  • La Bulgarie dans la crise : un gouvernement à contre-courant ? 

Illustration : Abdulrazak, Mahdi. I-con , Novembre 7, 2008.

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