Radiographie des populismes en Europe

Par Capucine Goyet | 9 janvier 2012

  

Depuis la percée des Vrais Finlandais aux législatives d’avril 2011 aux dérives autoritaires et populistes du Fidesz, le parti de Viktor Orbán, en passant par le rôle joué par la Ligue du Nord dans le gouvernement italien, un renouveau populiste semble se répandre aux quatre coins de l’Europe.

Le succès actuel de tels mouvements et gouvernements populistes peut en partie s’expliquer par la période de crise dans laquelle les États membres de l’Union européenne sont entrés. De plus, le déplacement de l’arène politique sur la scène médiatique a favorisé l’émergence d’un nouvel espace de délibération qui permet à l’opinion publique de s’exprimer plus facilement et, sous ce mode, favoriser la montée de nouvelles formes de populisme.

Chacun de ces mouvements populistes se fait généralement autour d’une figure charismatique qui tire son discours du peuple, à l’image de Geert Wilders aux Pays-Bas ou des Le Pen, père et fille, en France. D’une certaine manière, le leader populiste, qu’il soit de droite ou de gauche, occupe la fonction de plébiscite dans un pays où il est au pouvoir (Loukachenko en Biélorussie, Orbán en Hongrie), et celle de référendum dans un pays où il ne l’est pas (Palikot en Pologne). Autrement dit, il incarne l’approbation ou la désapprobation du peuple à l’égard de la politique menée par le gouvernement.

Bien que ces populismes puissent être de généalogies et de types divers, ils tirent leur origine d’un sentiment de distance entre d'une part les pouvoirs politique et économique, auxquels sont associées les élites, d'autre part le peuple. Ils posent alors la question de la représentativité dans nos démocraties. En incarnent une volonté de retour au peuple, les populismes cherchent à souligner le décalage entre les représentants et les représentés. Dans son article « Typologie des populismes en Europe », Paolo Pombeni fait une comparaison intéressante entre le populisme et les réformes religieuses : « quand une religion devient mondaine, laissant trop transparaître son caractère d’Église, c’est-à-dire d’institution mécanique (juridico-institutionnelle) pour la gestion de l’espace religieux naît une demande de purification, de retour à l’ecclésia. » L’heure de la Réforme aurait-elle de nouveau sonné ?

Le principe démocratique consiste en ce que chaque citoyen est a priori en mesure d’exercer le pouvoir. Il convient néanmoins de s’interroger sur les compétences nécessaires à l’exercice d’un tel pouvoir. Il ne faudrait en effet pas que le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ne devienne l’oppression du peuple, par le peuple, pour le peuple. Déjà, au XIXe siècle, le Times s’interrogeait sur la nouvelle politique de William Gladstone surnommé « the people’s William », qui en 1879-80, choisissait de présenter son programme politique à la souveraineté populaire comme dans une démocratie directe, plutôt qu’au Parlement. Le journal commentait alors: « Est-ce que le pays souhaite que la conduite des affaires soit à la merci de l’exaltation, de la rhétorique, des qualités qui font appel à la populace plutôt qu’à ceux qui ont mérité l’attention d’un Sénat ? ». Cette interrogation a été reprise par le Parlement européen en réaction aux dérives populistes de Viktor Orbán. Sa résolution du 10 mars 2011 souligne qu’il est important de « garantir les droits fondamentaux de la minorité face à l'éventuelle tyrannie de la majorité ».

Il convient en effet de rappeler que parfois le principe de majorité peut être contesté à partir du moment où il entre en contradiction avec un principe de valeur supérieure. N'est-ce pas la question que soulève la montée populiste ? Ce dossier s'attache à caractériser les tendances multiples, y compris les dangereuses, qu'on perçoit comme un même mouvement.

 

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Sur la version anglaise du site

Source photo: Fist sur wikimediacommons

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