Équipe Europe : balle(s) au centre ?

Par Virginie Lamotte | 30 avril 2010

  

Toujours plus loin, plus haut, plus fort, plus vite... Ces mots, qui animent les compétitions sportives, semblent désormais avoir été réappropriés par l'Europe. Entre spécificité du sport et spécificité européenne, la Fédération Europe a-t-elle un sens ?

Mai annonce à la fois la fin des saisons régulières des championnats nationaux et des tournois européens et le lancement des grands rendez-vous de l'été que sont Roland Garros, Wimbledon, le Giro ou le Tour de France : ce mois-ci, le sport est à la fête sur Nouvelle Europe.

Du sport-loisirs au sport-professionnel

Sport : « activité physique exercée dans le sens du jeu, de la lutte et de l'effort, et dont la pratique suppose un entraînement méthodique, le respect de certaines règles et disciplines ». Les hommes n'ont pourtant pas attendu cette définition pour s'amuser à courir, à grimper, se lancer des objets ou faire des courses de chevaux. Les activités sportives sont avant tout un loisirs et un divertissement.

Ce n'est que depuis la réinstauration des Jeux olympiques en 1896 par Pierre de Coubertin que le sport s'est progressivement professionnalisé. L'arrivée des sponsors pour financer les compétitions et la course acharnée des médias pour les couvrir ont considérablement transformé les disciplines, la perception que l'on a du sport et son impact économique et social dans notre monde. Le sport est ainsi un secteur hautement compétitif et pas seulement sur le terrain : on estime que la victoire de l'équipe de France en 1998 a apporté un point de PIB à l'économie.

En outre, les règles de mobilité intraeuropéenne et internationale se sont beaucoup assouplies ces quinze dernières années et permettent aux sportifs d'enrichir leur expérience par un transfert dans un club étranger ou de bénéficier d'infrastructures d'entraînement d'un autre pays. Ces joueurs mobiles contribuent à construire l'identité et l'histoire de leurs nouveaux clubs, en en prenant parfois le capitanat : Sergio Parisse (Italie) aura ainsi été un grand capitaine du club de rugby Stade français - Paris ou le footballeur Andriï Shevtchenko qui a offert de belles heures à Chelsea et au Milan AC. Si les Dieux du Stade ne font désormais plus référence aux athlètes victorieux à Olympie, ils n'en représentent pas moins un symbole d'admiration populaire par leur capacité à repousser leurs limites pour la victoire. L'aura médiatique des sportifs permet aujourd'hui aussi bien de faire parler d'une maladie rare que de vendre des voitures...

Du sport-équipe au sport-nation

Le sport est aussi un puissant vecteur identitaire : drapeaux déployés et hymnes chantés dans les stades sont l'affirmation du soutien à son équipe et de sa fierté d'en faire partie, et lesdits « petits pays » l'ont bien compris. Si les jeunes savent placer les îles Féroé sur une carte, ce n'est pas pour sa spécialité d'élevage de moutons, mais plutôt pour son équipe de football !

En outre, un des premiers actes de toute nouvelle nation déclarée, après la reconnaissance auprès de l'ONU, est l'inscription auprès de la FIFA, la Fédération internationale de football, et du CIO (Comité international olympique).

Le sport, par son caractère populaire par excellence, est un outil politique, et a pu être utilisé à des fins de propagande, comme ce fut le cas durant la Guerre froide. Le stade peut donc être également un lieu d'expression de rivalités entre deux équipes, anecdotiques ou beaucoup plus profondes. Mais les performances sportives sont aussi source de bonne publicité pour un État, même si elles se font au détriment de son propre pays, quand il en est victime.

Du sport-État au sport-Europe

« Europe » vs. « Sport » ? « Europe » & « Sport » aujourd'hui. Depuis l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, l'Europe s'est dotée d'une compétence en matière sportive. Cependant, le sport n'a pas attendu l'Union européenne pour s'inventer, se former, s'organiser et se réglementer. Ce sera à elle de s'adapter à cette réalité multiforme.

Le sport, à l'image de la culture européenne, est synonyme de diversité, et ici, l'Europe est loin de réaliser l'unité : diversité des sports (sports nationaux et sports régionaux), variantes des règles, différences de législation d'un État à un autre (recrutement, dopage, salaires, etc.), différences de moyens et de niveaux d'infrastructures. En outre, le sport ne relève pas des mêmes compétences selon les pays : Ministère des Pouvoirs locaux en Hongrie, en Autriche le Ministre de la Défense est aussi Ministre des Sports, Ministre de l'Éducation physique et des Sports en Bulgarie, Ministre de la Culture au Danemark, à Malte et en Estonie, Ministre de l'Éducation et de la Sciences en Lettonie, Ministre des Sports et du Tourisme en Pologne, Ministre de la Jeunesse et des Sports en République tchèque et en Roumanie. Les réunions à Bruxelles du tout nouveau Conseil des Ministres risquent d'être intéressantes.

S'il est bien deux mots que l'on associe à la fois peu et trop, ce sont bien « sports » et « politique », et l'Union européenne était la dernière à ne pas les avoir davantage rapprochés et utilisés. Désormais, parée d'intentions, elle va devoir transformer l'essai !

Ce mois-ci dans notre dossier 

 
  • Le sambo, deuxième art de l’Armée rouge ?
 
   
 
  • Le hockey sur glace, sismographe des relations entre la Tchécoslovaquie et l'URSS
 
   
 
  • Le Sumo, sport ancestral japonais, à la conquête du vieux continent
 

Source photo : Balls, sur Flickr

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