Les droits de l’Homme dans la politique extérieure de l’Union européenne

Par Claudia Louati | 7 octobre 2012

  

La victoire écrasante des candidats soutenant le Président Loukachenka lors des élections législatives au Bélarus du 23 Septembre dernier a rappelé aux Européens que la lutte pour la démocratie et le respect des droits de l’Homme en Europe n’est pas terminée. Aux portes de l’Union, des Etats peinent à se défaire de pratiques de mauvaise gouvernance et de non-respect des droits individuels. Dans ces circonstances, quel est le rôle de l’Union européenne dans la promotion de la démocratie et des libertés fondamentales dans son voisinage, mais également dans le monde ?

Il y a d’abord un problème de définition. Quels droits l’UE doit-elle protéger ? La Charte des Droits Fondamentaux apporte un élément de réponse. La liste des droits que l'UE est chargée de défendre est divisée en plusieurs catégories: la dignité qui inclut notamment l'interdiction de la peine de mort, les libertés telles que la liberté de culte ou d'association, l'égalité dont le principe de non-discrimination est une part intégrante, la citoyenneté qui englobe les droits politiques et civiques des individus, la justice, et de manière peut-être moins consensuelle, la solidarité dont le principal focus est la protection des travailleurs. Ce sont donc ces valeurs et principes inscrits dans son code génétique que l'Union devrait traduire dans son action extérieure; du moins presque toutes ces valeurs car la question de l'exportation du modèle social européen est bien plus contentieuse, au sein même du bloc, que la promotion de la liberté d'expression ou la lutte contre la torture.

Pourtant, si le Parlement européen et notamment sa sous-commission chargée des droits de l’Homme se présentent comme les défenseurs d'une politique activiste de promotion des libertés fondamentales dans le monde, la tension constante entre Realpolitik et prosélytisme démocratique ne peut être éludée. La faute aux Etats membres qui voient dans l’UE un moyen de réaliser des objectifs économiques et commerciaux plutôt qu’un instrument servant à porter la bonne parole civile et politique. Les contributions de ce dossier le montrent bien : dans sa politique extérieure et commerciale l’UE est tiraillée entre impératifs économiques et tentations normatives.

D’ailleurs aurait-elle les moyens d’une politique de promotion des droits de l’homme ambitieuse et efficace? D'un point de vue institutionnel d'abord, malgré la création du Service européen d'Action Extérieure, la représentation de l'Union n'est toujours pas unifiée sur la scène internationale. La voix des grands Etats couvre bien souvent les chuchotements de la Haute Représentante et du Président du Conseil européen. Ensuite, l'Europe n'apparaît plus comme un modèle pour le reste du monde. Le temps de l’universalisme européen est révolu et à l’intérieur même du bloc, la question du traitement des Roms et des migrants, des inégalités hommes/femmes ou des droits des homosexuels nous renvoie brutalement aux imperfections de notre propre système.

Ce sont ces questions et ces tensions que le dossier de ce mois-ci aborde. Dans un contexte où l’identité et l’intégrité de l’Union sont menacées, il s’agit de définir une vision et des objectifs communs. L’avenir de l’Eurozone et des politiques budgétaires nationales est certes un sujet brûlant mais il doit s’inscrire dans un plus vaste débat. Car l’affirmation comme l’abandon d’une volonté de définir à la fois l’identité internationale de l’Union et les grandes lignes d'une politique étrangère cohérente sont parties intégrantes du débat sur la poursuite du processus d’intégration.

 

Ce mois-ci dans notre dossier

Sur la version anglaise de Nouvelle Europe

 

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