La Baltique, modèle de coopération pour la Méditerranée ?

Par Philippe Perchoc | 7 février 2011

  

Quand on évoque le sujet des mers européennes en France, on pense souvent à la Méditerranée. D'autant plus ces dernières semaines que tous les regards sont tournés vers le Sud. Et pourtant, l'Union européenne  est plus influente dans d'autres espaces beaucoup moins conflictuels, comme la Baltique, dont elle peine à exporter le modèle au Sud. Pourquoi ?

C'est la question que nous explorerons dans ce premier volet d'un dyptique février-mars 2011 : Mer Baltique/mer Méditerranée et mer Noire : Quelles modalités de coopérations entre l’UE et son grand voisinage ?

La Baltique, une mer sans histoire(s) ?

On pourrait dire que la mer Baltique est plus discrète que la mer Noire ou la Méditerranée. Tout d'abord, bien entendu parce qu'aucun conflit de l'ampleur du conflit israélo-arabe n'existe dans la région. Même si les tensions furent souvent fortes entre la Russie et les États baltes, aucun conflit ouvert n'éclata en Baltique depuis 1945. On ne peut pas en dire autant de la mer Noire ou de la Méditerranée. 

Néanmoins, si cette absence de tensions ouvertes n'est pas uniquement à mettre au crédit du Conseil des États de la mer Baltique, ce dernier a été un forum qui a permis aux acteurs de la Baltique de renouer des liens en vue d'améliorer l'environnement écologique, commercial et démocratique de la région. En effet, si le mécanisme a été beaucoup critiqué parce qu'il ne permettait pas de prise de décision très efficace, il a le mérite de permettre aux États, mais aussi aux régions, aux experts et à la société civile de trouver un lieu de rencontre pour évaluer les problèmes et trouver des solutions. Dans ce cadre, l'Union européenne n'a pas joué de rôle central même si elle a toujours apporté son soutien - notamment financier - à cette coopération. 

Peut-on exporter ce modèle au Sud et à l'Est ?

On voudrait bien que la mer Noire et la mer Méditerranée se développent sur le modèle de la Baltique. Pourtant, ce n'est pas si simple. L'Union européenne manque de deux arguments : pas de promesse d'élargissement qui joue un rôle stabilisateur et pas de réelle volonté multilatérale de coopérer. En effet, l'une des grandes difficultés de chacune de ces régions, c'est qu'elles sont polarisées par plusieurs conflits : algéro-marocain, israélo-arabe, russo-géorgien, turco-arménien ... 

On notera quand même que la Turquie est un acteur clef dans la majorité de ces conflits. On la présente souvent comme un pont entre l'Orient et l'Occident, mais elle est aussi un trait d'union entre la Mer Noire et la Méditerranée. En cela, elle pourrait jouer un rôle-clef dans la mise en place de politiques régionales qui pourraient s'inspirer du modèle baltique.

Le modèle baltique ne peut donc pourtant s'y appliquer avec autant de succès. Et les programmes comme l'Union pour la Méditerranée ou la stratégie Mer Noire peinent à donner de bons résultats. Néanmoins, une de ses dimensions fondamentales, celle de la coopération entre les régions et la société civile, n'a pas été assez explorée. Et au moment où les sociétés civiles arabes semblent réclamer leur place, l'UE ferait bien d'y penser un peu plus...

Ce mois-ci dans notre dossier : (1er volet du dyptique février-mars 2011 Mer Baltique/mer Méditerranée et mer Noire : Quelles modalités de coopérations entre l’UE et son grand voisinage ?)

Source photo : Baltic sea, Sopot, Poland par Sebastian Anthony, sur flickr

Ajouter un commentaire

HTML filtré

  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et de courriels sont transformées en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.