Europe et régionalisme

Par Pauline Maufrais | 20 mars 2018

  

Régionalisme

« Tendance d’un écrivain à décrire dans une œuvre littéraire les mœurs, paysages, particularités d’une région déterminée. » 

Dans l’histoire de l’art, le régionalisme correspond à un mouvement artistique de l’entre-deux-guerres aux Etats-Unis. Des artistes à l’instar de Thomas Cole, Grand Wood souhaitent peindre la réalité, les campagnes américaines du Sud, les oubliés et les méconnus. Ils figurent une réalité rurale face à une urbanisation croissante, la lenteur en opposition à la mouvance. 

Pourtant, ce courant n’a pas atteint le continent européen. La représentation du régionalisme en peinture serait davantage l’illustration de territoires ayant une singularité culturelle. Par exemple, Francisco Iturrino est un peintre né à Bilbao, ville de la communauté basque du nord de l’Espagne. Proche du fauvisme espagnol, son œuvre Manolas conforte, dès le premier regard, la représentation de l’imaginaire populaire sur la culture basque. Les touches de couleurs, les vêtements drapés, la coiffure et la proximité des femmes basques espagnoles sont une ode au nord de l’Espagne. 

« Tendance à conserver ou à cultiver les traits originaux d’une région, d’une province. »

« Doctrine socio-politique apparue au XIXe siècle posant pour principe l’existence au sein de l’Etat de communautés culturelles, sociologiques, économiques correspondant aux régions et réclamant la reconnaissance politique de cette réalité. » 

Le régionalisme basque, catalan, corse, breton, écossais parcourt les actualités. Ces régions prônent leur singularité culturelle, linguistique, historique qui les distinguent de l’Etat dont elles sont membres. Si les discours régionalistes n’ont que peu de résonnances en Bretagne, les récents évènements en Catalogne en 2017 et la percée régionaliste corse indique la sensibilité de ce sujet. Pour les régionalistes actifs, l’état peut être considéré comme un organe oppresseur par sa volonté d’uniformiser le territoire. Il applique des politiques ne prenant pas en compte les spécificités locales. Ces discours vont au-delà d’une simple opposition au centralisme et à la décentralisation à partir du moment où les groupes régionalistes veulent tout simplement quitter l’Etat et devenir indépendants. Le discours des régionalistes affirme un « eux » contre un « nous ». Par ailleurs, les écossais et les Catalans passent par des référendums. L’aspect juridique et politique détermine plus généralement le régionalisme contemporain, dépourvu d’affrontements armés ? 

Le régionalisme est prégnant en Europe centrale et orientale, dû aux multiples fluctuations de frontières au XIXe et XXe siècle. Actuellement, certaines régions de l’Italie parlent allemand, des régions ukrainiennes, estoniennes parlent russe, et la Catalogne en Espagne se distingue par sa non-utilisation de l’espagnol. Cela conduit à des revendications particulières vis-à-vis du pouvoir central et à un questionnement autour même de la question du nationalisme et de la nation. La nation est-elle une construction entre de multiples identités souhaitant participer à un projet commun, comme la définition française portée par Ernest Renan ? Ou faut-il prendre une vision allemande portée par Herder, c’est-à-dire une nation construite sur une uniformisation de sa population par rapport aux populations d’origines ? L’utilisation d’une ou de l’autre définition du nationalisme conduit à une attitude différente vis-à-vis des revendications régionalistes et minoritaires. 

Le régionalisme reste une construction sociale et politique. Alors que certaines populations sont ancrées sur un territoire et promeuvent un régionalisme, d’autres sont éparpillées mais ont tout de même une histoire, une langue et une culture commune à l’image des Koryo-saram en ex-Union soviétique. La restauration d’un régionalisme passe-t-il alors nécessairement par un ancrage territorial ? 

« Collaboration internationale existant entre des Etats qui forment des organisations, accords et traités en fonction de leurs intérêts communs. »

Le régionalisme entre un territoire et le gouvernement central n’est toutefois pas le seul exemple de régionalisme. La richesse de ce terme s’applique à de multiples cas. 

Pendant les années 1980 une vision du monde portée sur la mondialisation s’est développée sous l’égide des Etats-Unis, grands vainqueurs de la guerre froide en 1991 avec la chute de l’Union soviétique. Les institutions internationales, dont l’ONU ou le FMI, furent les promotrices de politiques mondiales visant à protéger les acquis démocratiques tout en ayant une économie globale et libérale. Dans le même temps, des groupements régionaux d’Etats permettaient une application de ces politiques, et à ces mêmes d’Etats d’avoir plus de poids. L’ASEAN, le MERCOSUR, l’UE étaient des acteurs majeurs des politiques et regroupaient des identités multiples au sein d’une même institution. Au niveau économique, un rapprochement entre les Etats frontaliers, des unions ou allègements des taxes douanières permettaient d’accroître les échanges commerciaux et de bénéficier d’économies d’échelles.    

Au niveau politique, les unions intégrées dont l’exemple le plus poussé est l’Union européenne ont encouragé des Etats à aligner leur politique dans une perspective de prospérité. Le supranational européen s’est instauré au niveau législatif et économique. Cela conduit actuellement à une défiance de plusieurs Etats européens et à une montée de partis politiques appelant à une renationalisation et à un retour au souverainisme politique et économique. Le régionalisme politique européen permet à des projets de grande ampleur de se créer à l’instar d’une action conjointe dans la protection de l’environnement et la lutte contre la pollution, de projets maritimes communs, ou dans le développement énergétique. 

L’Union européenne promeut l’Europe des régions, notamment depuis le Traité de Maastricht en 1992. Les spécificités territoriales doivent conduire à une application différenciée de la politique européenne selon les besoins. Les fonds européens mettent en avant les valeurs et les projets régionaux. L’institutionnalisation du Comité des régions en 1992 permet aux régions de faire remonter des revendications particulières. Elle réutilise des notions catholiques.  

De nouveaux régionalismes se créent dans le même temps au sein même de cette union régionalisée qu’est l’Union européenne. Le groupe de Višegrad composé de la Hongrie, la République Tchèque, la Slovaquie et la Pologne s’unit afin de peser dans les débats européens et de faire valoir leurs propres intérêts, notamment dans la crise migratoire européenne. En effet, ils ne souhaitent pas participer à la politique de quotas d’accueil des demandeurs d’asile. Un rapprochement entre Etats s’observe aussi dans la région Balte afin de lier des pays plus petits afin de peser face à la France et à l’Allemagne dans les décisions.  

La notion « régionalisme » a ainsi plusieurs définitions et applications au niveau européen. Ce nouveau dossier de Nouvelle Europe permet d’en avoir un aperçu qui, loin d’être exhaustif, appelle à de nouvelles réflexions sur ce sujet. 

Premièrement, Francis Masson relate le projet « Three-seas initiative » en Europe. Le régionalisme n’est pas uniquement une lutte pour l’indépendance mais également une union entre plusieurs Etats pour porter des projets et des valeurs communes. 

Svetlana Kim illustre les liens entre communauté et ancrage territorial concernant les Koryo-saram en Russie. Une régionalisation passe-t-elle nécessairement par l’apanage d’un territoire ?

Pauline Maufrais étudie le régionalisme dans les Etats Baltes depuis la chute de l’Union soviétique en 1991. Le régionalisme entre plusieurs Etats permet de peser davantage au sein des institutions internationales. 

Andreas Pacher analyse les liens entre le principe européen de “subsidiarité” permettant un développement et une application de l’action politique par l’entité la plus compétente, et l’église catholique. Si ce principe trouve son origine dans la religion catholique, son application diffère au sein de l’UE. 

Guillaume Gonzalez reprend un projet proposé par la Commission européenne sur le développement de « Centres opérationnels régionaux » pour sécuriser l’approvisionnement en électricité au niveau européen et une régionalisation de ce domaine. Toutefois, un débat émerge sur ce sujet qui reste une prérogative nationale. 

Balázs Gyimesi retrace l’histoire de la région du Tyrol du Sud actuellement en Italie. Cette région où la population parle majoritairement allemand montre les conséquences des fluctuations des frontières en Europe. L’auteur s’interroge sur les conséquences d’une autonomisation de cette région. 

 

Summary

Regionalism presents different definitions depending on the countries and cultures. It can be a construction of a reality, old or new and, most of all, local or international. Simply, it is a local identity in a territory. It involves a particular culture or language in a region (Britany, Corsica) where people promote it and also defend it. Besides, it can represent an alliance between countries to develop a different politic or economy framework, such as the Visegrad group in Europe (Poland, Czech Republic, Slovakia, Hungary) or the European projects concerning electricity security. Promoting by the European Union, regionalism is also a mean for local communities to defend themselves against the central government. 

This dossier tries to analyse various visions of regionalism in our societies and continent. 

 

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