Désunion dans la diversité : une organisation superflue dans la Méditerranée ?

Par Tanguy Séné | 2 mars 2011

  

Entre rive sud et rive nord de la Méditerranée, la mer se réduit parfois à un détroit. Il appartient à l’Europe de le franchir, c’était l’ambition de l’Union pour la Méditerranée (UpM). Alea jacta est - les aléas sont jetés ? « Ici on gagnera tout ou on perdra tout » déclarait Sarkozy ; la France prenait le pari politique de réaliser l’équivalent politique de « l’Union baltique ». Presque trois ans après, on a perdu beaucoup : l’UpM ne tient plus debout, et elle a uni bien moins que la révolte. Comment l’expliquer ?

Dès mai 2008, Nouvelle Europe s’était penchée sur la question dans un débat intitulé « Géopolitique des mers, Europe puissance ? ». Plusieurs éléments rapprochent l’UpM, qui réunit 43 membres au nord et au sud de la Méditerranée, du Conseil des États de la mer Baltique (CEMB), son modèle avoué.

D’abord des structures souples de coopération. Dotée d’une structure intergouvernementale légère (contrairement au système fédéral européen), l’UpM centre aussi sa coordination sur un Secrétariat général. L’engagement des États est donc limité, l’idée étant d’organiser facilement des projets de coopération concrets sur des problématiques transnationales (environnement, migrations, etc.) plutôt qu’une véritable intégration politique.

Faire beaucoup avec peu, c’est un autre objectif que partagent les deux organisations régionales. La somme allouée par la Commission européenne au budget 2008-2010 de l’UpM, majoritairement investie dans le secrétariat général, était de 90 millions d’euros (soit, selon le géopoliticien Pierre Verluise, un montant inférieur au budget pluriannuel de rénovation du zoo de Vincennes). De son côté, le CEMB ne perçoit que 40 millions d’euros de la Commission. Ce qui ne l’a pas empêché de réaliser des projets de taille.

Le pari (manqué) de poser une organisation sur une région sans tenir compte de l’histoire

Dans la région Baltique, les confrontations appartiennent à l’histoire – il n’existe plus de contestation de frontières entre pays baltes, États nordiques et Russie. Ce qui reste du passé, c’est un rapprochement tiré d’une même époque glorieuse (celle de la Ligue hanséatique) et d’une traditionnelle coopération : dès 1952, bien avant le CEMB, le Conseil nordique est un espace de concertation entre pays scandinaves.

Au sud, la rancœur des frontières ne cesse de diviser. 1967 et la Guerre des Six jours, 1974 et l’invasion de Chypre nord par l’armée turque, 1992 et la frontière internationale entre le Maroc et l’Algérie : l’histoire continue de cliver les membres de cette prétendue Union méditerranéenne qui voulait justement mettre de côté le politique pour avancer.

À présent, le politique la rattrape. L’UpM avait tenté de mettre d’accord les dictateurs du monde arabe, sous une co-présidence entre Nicolas Sarkozy et le despote égyptien Hosni Mubarak – ironie de l’histoire ! Aujourd'hui, c’est la vague de la révolte qui unit la Méditerranée plus qu’aucun des projets de cette UpM à qui on ne donnait pas de moyens.

De l’aveu même du président français, « le moment est venu de refonder l'Union pour la Méditerranée », et ce « à la lumière des événements considérables que nous vivons ». Il manquait bien des éléments à l’UpM pour atteindre un succès balte. Lesquels ? Ce dossier multiplie les réponses.

 

Ce mois-ci dans notre dossier

(2e volet du diptyque février-mars 2011 : Mer Baltique / Mer Méditerranée : Quelles modalités de coopérations entre l’UE et son grand voisinage ?)

 

 

  Source photo : Strait of Gibraltar, by NASA, sur wikimedia commons

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