Désunion européenne sur le Kosovo : quand Nicosie comprend Belgrade

Par L'équipe | 17 décembre 2007

Pour citer cet article : L'équipe, “Désunion européenne sur le Kosovo : quand Nicosie comprend Belgrade”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 17 décembre 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/372, consulté le 14 novembre 2018

S'il est bien un Etat membre qui est réticent à toute déclaration unilatérale d'indépendance du Kosovo, c'est Chypre. Pourquoi un tel blocage venu des bords de la Méditerranée ?

Vent d'opposition

À la sortie du Sommet européen de Bruxelles, le 13 décembre 2007, le Président chypriote Tassos Papadopoulos a prévenu : "rien ne doit être fait sans la bénédiction des Serbes", tout en admettant néanmoins que l'Union européenne devait se préparer à envoyer des troupes sur place. Chypre n'est pas la seule à être très réservée sur une possible déclaration d'indépendance du Kosovo, elle est soutenue notamment par la Slovaquie, l'Espagne, les Pays-Bas et la Roumanie. Néanmoins, tous soulignent que dans le camp des sceptiques, Chypre est la plus fermement opposée à tout encouragement européen à l'indépendance. 

C'est en raison de ce manque de convergences de points de vue des Européens que les conclusions du sommet européen sont restées pour le moins sybilines : "Le Conseil européen a estimé, en accord avec le Secrétaire général des Nations unies, que le statu quo au Kosovo n'est pas tenable ; il a donc souligné la nécessité de progresser vers un règlement de la question du Kosovo, qui est indispensable pour la stabilité de la région. Le Kosovo issu de ce règlement devrait être démocratique et multiethnique, attaché à l'Etat de droit et à la protection des minorités et du patrimoine culturel et religieux."

Destins croisés

Pourquoi Chypre, pourtant située à des centaines de kilomètres du Kosovo, est-elle devenue une opposante si farouche à son indépendance ? Comme le souligne Elias Hazou dans le Cyprus Mail du 16 décembre 2007, la question posée par l'indépendance du Kosovo est celle de la dialectique entre reconnaissance et realpolitik. Alors qu'il ne fait aucun doute, juridiquement, que le Kosovo fait partie de la Serbie, comment expliquer, du point de vue du droit international, que les Européens s'apprêtent à reconnaître l'indépendance du Kosovo au lieu de continuer à pousser Kosovars et Serbes au dialogue ? Il faut dire que les Chypriotes voient très bien quel précédent cette reconnaissance pourrait amener alors qu'ils refusent toujours de reconnaître leur perte de facto de souveraineté sur Chypre-Nord.

Après la guerre qui opposa la Grèce et la Turquie en 1974, chacune en soutien d'une des deux communautés de l'île, la République de Chypre-Nord a en effet déclaré son indépendance en 1983. Elle n'est à ce jour reconnue que par la Turquie. Les Nations Unies et l'Union européenne soutiennent, elles, que le gouvernement grec-chypriote a autorité sur l'ensemble de l'île. 

Le gouvernement de Nicosie est dans une position d'autant plus délicate que les habitants du Nord de l'île ont voté majoritairement pour la réunification dans le cadre du "Plan Annan" en 2004 alors que les habitants du sud de l'île, majoritairement grecs, ont voté contre. Ces derniers sont donc apparus aux yeux de la communauté internationale comme ne voulant pas de la réunification.

On comprend d'autant mieux alors les inquiétudes du gouvernement de Tassos Papadopoulos quant à une reconnaissance du Kosovo par les Européens. Les parallèles existent : Belgrade n'a plus d'autorité effective sur le Kosovo, comme Nicosie sur la République de Chypre-Nord ; au Kosovo comme à Chypre, des troupes de maintien de la paix sont en place sous mandat de l'ONU.

Des parallèles remis en cause à Chypre même 

Pourtant, à Chypre même, de nombreux commentateurs remettent en cause la prise de position extrême de Nicosie. Certains, comme Tim Potier, assurent qu'en tentant de nager à contre-courant, le gouvernement chypriote envoie un mauvais signal à Bruxelles et Washington, alors qu'il n'a rien à attendre de Moscou. Il vaudrait mieux, selon lui, tenter de "marquer des bons points".

D'autres vont encore plus loin. Ils soulignent qu'en dessinant un parallèle entre les deux situations, les Chypriotes ne servent pas leur cause. Que le Kosovo gagne son indépendance ou pas, tout pays peut à tout moment reconnaître la République de Chypre-Nord, c'est pour cela que Nicosie ne devrait pas, selon eux, s'enfermer dans une position délicate mais bien tenter d'apparaître comme un partenaire constructif. 

 

Pour aller plus loin 

Sur Nouvelle Europe

Sur Internet

  • Conclusions du Conseil européen du 14 décembre 2007, Bruxelles 

À lire

  • Elias Hazou, Go with the flow’ on Kosovo, in Cyprus Mail, Sunday, December 16, 2007 (en anglais) 
  • Cyprus maintains deadlock with EU nations on Kosovo independence in International Herald Tribune, December 10, 2007 (en anglais)

 

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