Dégradation de l'environnement en Méditerranée : quelle action régionale ?

Par Virginie Hervé | 1 mars 2011

Pour citer cet article : Virginie Hervé, “Dégradation de l'environnement en Méditerranée : quelle action régionale ?”, Nouvelle Europe [en ligne], Mardi 1 mars 2011, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1048, consulté le 14 décembre 2017

La richesse et la diversité humaines de la Méditerranée, berceau de civilisations, ont pris racine dans un espace naturel privilégié. Or cet environnement, qui structure de manière déterminante le développement socio-économique des pays riverains, en subit aussi de plein fouet les contrecoups. Face à l’extrême vulnérabilité de cette mer, qui est aussi espace de vie, des réponses concrètes peuvent-elles être envisagées à l’échelle régionale ?

Sacs plastiques, nappes de fioul et catastrophes naturelles font fi des frontières. Alors que des enjeux environnementaux - appelant des mesures concrètes et une coopération de tous les acteurs - se posent de manière croissante, la Méditerranée est aujourd’hui un espace fragmenté, où les ruptures peuvent parfois paraître insurmontables. Vingt-deux pays bordent les rives nord, est et sud de cette mer. Ces différentes rives connaissent des rythmes de développement très différenciés, qui tendent néanmoins tous à accroître la pression démographique, industrielle, économique ou touristique s’exerçant sur le bassin méditerranéen. Dans ce contexte, le lancement de l’Union pour la Méditerranée (UpM), lors du sommet de Paris de juin 2008, fut l’occasion d’affirmer le caractère prioritaire de projets ayant trait au développement durable et à la protection de l’environnement. Dans la situation actuelle, ces quelques grands projets ambitieux sont peut-être la meilleure chance pour l’UpM de prouver qu’elle n’est pas une coquille vide.

Un espace particulièrement exposé aux changements climatiques

Les observations scientifiques actuelles et les schémas prospectifs sont alarmistes quant à l’avenir de la Méditerranée. Les changements climatiques observés à l’échelle planétaire devraient, en effet, toucher avec une acuité plus forte qu’ailleurs la région méditerranéenne et ses 460 millions d’habitants. Certaines tendances déjà soulignées par les climatologues vont aller en se renforçant dans les décennies à venir et aucun des pays riverains, au nord ou au sud, ne sera épargné. Le rapport de 2009 sur L’état de l’environnement et du développement en Méditerranée, produit par le Plan Bleu, prévoit ainsi une augmentation de la température de l’air de plusieurs degrés, une baisse sensible de la pluviométrie et une augmentation du niveau de la mer – qui pourrait être de l’ordre de 35 cm – et enfin, une augmentation de la fréquence et de la violence d’événements extrêmes (sécheresses, inondations).

Au-delà des dégâts occasionnés par ces catastrophes et ces changements rapides, les répercussions sur le long terme seraient multiples : variation rapide du cycle de l’eau, évolutions de la biodiversité, modifications au niveau des forêts et des sols et bien sûr conséquences directes sur les activités humaines.

Face à ces menaces, les pays riverains, bien que tous concernés, ne sont pas tous égaux. De manière générale, les pays des rives est et sud de la Méditerranée paraissent plus vulnérables que ceux de la rive nord, dans la mesure où ils sont plus exposés aux phénomènes de désertification et de raréfaction de l’eau, alors même que leurs structures de développement les rendent plus dépendants vis-à-vis des ressources naturelles.

Exploitation de la mer et activités humaines

Dans ce contexte, qui appelle des mesures d’anticipation de grande ampleur, l’eau apparaît comme un enjeu majeur. Or l’or bleu, qui a toujours été au cœur de la vie du bassin, est soumis de toutes parts à des pressions liées à sa surexploitation par l’homme. Il demeure un bien rare dans certains pays comme l’Égypte, la Syrie ou Israël alors que la demande s’accroît, notamment dans le domaine agricole – à la fois grand consommateur et grand gaspilleur du précieux liquide.

D’autre part, les concentrations humaines et les activités économiques sont génératrices d’une pollution qui met en danger l’équilibre et les écosystèmes si particuliers de la mer Méditerranée et de ses côtes. L’environnement attractif du pourtour méditerranéen subit là les conséquences néfastes de son succès. La pêche et les pratiques agricoles intensives, d’abord, ont des répercussions graves sur les ressources naturelles : l’eau, les sols, les écosystèmes et la biodiversité. Le tourisme, qui occupe une place centrale dans le développement des pays de la région, entraîne, quant à lui, des pollutions dues aux déplacements et aux concentrations humaines dans le temps et l’espace. Enfin l’urbanisation et l’industrialisation, deux phénomènes conjoints qui touchent particulièrement le littoral méditerranéen, affectent les milieux naturels, tant en mer que sur les côtes.

Les rejets industriels, les eaux usées domestiques non traitées et l’explosion du volume de déchets constituent les menaces les plus sévères pour l’environnement. L’étendue des dégâts sur la biodiversité et à terme sur l’homme est notamment mise en évidence par l’expédition « Méditerranée en danger », campagne scientifique qui s’intéresse à la pollution de la mer par le plastique.

Les autoroutes de la Méditerranée

Le développement exponentiel du transport maritime comporte lui aussi des risques importants. Environ un tiers du commerce maritime mondial transite aujourd’hui par la Méditerranée, en empruntant des voies, déjà les plus fréquentées du monde. Elles sont appelées, selon le souhait de l’Union européenne, à devenir des « autoroutes de la mer » reliant les ports des différentes rives. Or, ces navires de commerce, pétroliers et porte-conteneurs, transportent souvent des cargaisons dangereuses qui se retrouvent trop souvent dans le milieu maritime à la suite d’accidents ou de dégazages sauvages, au risque de causer des dégâts irrémédiables (marée noire par exemple).

Si des progrès en matière de législation et de coopération sous-régionale ont pu être enregistrés ces dernières années, notamment quant à la pollution de la mer et la protection de la biodiversité, les efforts à accomplir pour préserver la Méditerranée restent énormes. Or, l’ampleur de certains défis à relever appelle des réponses concertées et coordonnées au niveau régional.

Quelle prise en compte régionale de ces enjeux ?

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Si ces enjeux peuvent paraître consensuels, les initiatives internationales peinent encore à trouver une pleine réalisation. En 1975, un Plan d’Action pour la Méditerranée (PAM) a été lancé par les pays riverains dans le cadre du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE). Outre les activités de recherche et les expertises scientifiques, le PAM a mis en place un cadre permettant la prise de décision régionale en matière d’environnement.

L’autre versant de cette coopération euro-méditerranéenne relève de l’initiative de l’Union européenne. Elle a été initiée dans les années 1990 avec le « processus de Barcelone » et se poursuit aujourd’hui avec, à la fois, la politique européenne de voisinage et le lancement de l’Union pour la Méditerranée. Cette politique euro-méditerranéenne aborde l’aspect environnemental notamment à travers l’initiative Horizon 2020, qui se concentre sur la dépollution de la Méditerranée.

L’Union pour la Méditerranée : une Union de projets « verts » ?

Le lancement en grande pompe de l’UpM s’était accompagné de l’annonce de six grands projets-phares parmi lesquels le souci d’un développement durable du bassin méditerranéen était tangible. La dépollution de la Méditerranée et la promotion des énergies renouvelables avec le Plan solaire méditerranéen y figuraient en bonne place. Diverses conférences interministérielles se sont tenues sur ses sujets dans les mois qui ont suivi  et plusieurs projets ont été sélectionnés, notamment dans le cadre du Plan solaire méditerranéen, qui a pour ambition d’atteindre les 20 gigawatts de capacité de production issue des énergies renouvelables d’ici 2020. Mais les premiers résultats concrets de cette action se font encore attendre et c’est l’Union européenne, dans cette période incertaine pour l’UpM, qui semble avoir pris le relais, en particulier sur la question des financements.

Face à des enjeux environnementaux grandissants, la bonne volonté de l’Union européenne ne peut suffire à enclencher une dynamique suffisante, capable de protéger efficacement une Méditerranée dont la bonne santé conditionne pourtant les perspectives de développement des États qui la bordent. Avec ou sans l’UpM, le rapprochement des rives de la Méditerranée et la défense de leurs intérêts communs doivent passer par des projets exemplaires qui rencontrent davantage que l’assentiment des pays du Sud : leur implication.

 

Pour aller plus loin 

Sur Nouvelle Europe

Sur Internet

Source photo : Pollution dans un port maltais, par Alain Lachellier, sur flickr

 

 

 

 

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