D'une Europe déchirée à une Europe réconciliée: le destin de Simone Veil

Par Fabienne Vauguet | 24 février 2007

Pour citer cet article : Fabienne Vauguet, “D'une Europe déchirée à une Europe réconciliée: le destin de Simone Veil”, Nouvelle Europe [en ligne], Samedi 24 février 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/120, consulté le 25 septembre 2018

simone_veilQui mieux que Simone Veil, marquée profondément par le deuxième conflit mondial, peut illustrer la réussite du projet initial de la construction européenne: garantir la paix et la prospérité aux Européens. Dans le cadre de notre dossier consacré aux femmes et l'Europe, nous avons choisi de vous présenter l'engagement de la première femme présidente du Parlement européen, élu au suffrage universel en 1979.

 

Née en 1927, à Nice, Simone Veil est une femme dont la vie personnelle et politique est marquée par son engagement pour le droit des hommes et des femmes à une vie digne et respectée, aussi bien en tant que citoyen français qu'européen.

A l'âge de passer son baccalauréat en 1944, Simone Veil, sa soeur et sa mère sont déportées au camp d'Auschwitz. Leur mère ne survivra pas. Libérée en janvier 1945, Simone Veil choisit de suivre des études de droit. Elle s'inscrit également à l'Institut d'études politiques de Paris.

Diplomée, elle renonce à une carrière d'avocate pour se diriger vers la magistrature, où elle s'engage pour l'amélioration et la préservation des droits de l'Homme.

Une femme tenace et engagée pour les droits de l'homme...et de la femme

En 1957, à tout juste trente ans, elle est affectée à l'administration pénitentiaire, au sein du ministère de la Justice. Elle s'y bat pour que les conditions des détenus, hommes et femmes, soient améliorées.

En 1969, elle rejoint le cabinet du Garde des Sceaux, René Pleven, en tant que conseillère technique. 

L'année suivante, elle est nommée secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature, poste occupé pour la première fois par une femme. 

Mais c'est bien pour la loi sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG) que Simone Veil est reconnue et appréciée aujourd'hui par une majorité de Français et de Françaises. En 1974, elle devient ministre de la Santé du gouvernement de Jacques Chirac, sous la présidence de Valéry Giscard-d'Estaing. La libéralisation de l'accès à la contraception et surtout la légalisation de l'IVG, autrement dit le droit à l'avortement qu'elle propose aux Françaises, ont suscité de vifs débats à l'Assemblée nationale. Le texte de loi est finalement adopté en 1975.

Engagée politiquement au centre de l'échiquier, tout comme son mari, Antoine Veil, Simone Veil se voit proposer en 1979 par Valéry Giscard-d'Estaing de conduire la liste UDF aux élections européennes, qui auront lieu pour la première fois au suffrage universel. Ce qu'elle accepte et est même élue présidente du Parlement européen.

La première femme présidente du Parlement européen 

Simone Veil devient ainsi la première femme présidente du Parlement européen. Lors de son discours d'investiture, elle évoque la "novation historique" qu'a été l'élection au suffrage universel des euro-députés. Elle pointe trois défis majeurs pour l'Europe, qui lui tiennent particulièrement à coeur : la paix, la liberté et le bien-être. Pour parvenir à relever ces défis, elle souhaite voir naître trois Europes :

- l'Europe de la solidarité, pour combattre les inégalités sociale et les disparités régionales,

- l'Europe de l'indépendance: indépendance monétaire, lié au système monétaire européen, et indépendance énergétique dans un contexte de crise pétrolière,

- l'Europe de la coopération, à travers le co-développement.

Elle rappelle la fonction de contrôle du Parlement européen et souhaite que son rôle d'impulsion soit renforcé.

Depuis ce discours, la politique régionale a été mise en place. La question de l'indépendance énergétique se pose toujours avec la même acuité. Le Parlement européen est plus impliqué dans la décision législative, grâce à la codécision.

A la fin de son mandat, en 1982, Simone Veil a poursuivi son action au niveau européen. Jusqu'en 1984, elle est présidente de la commission juridique du Parlement européen. Puis jusqu'en 1989, elle préside le groupe libéral, démocratique et réformateur du Parlement.

Après avoir été, de 1993 à 1995, ministre d'Etat (une première pour une femme) des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville, Simone Veil est depuis 1998 membre du Conseil constitutionnel français.

Elle demeure engagée auprès de fondations à vocation européenne, telles que le Fonds européen pour la liberté d'expression ou la Fondation de l'Europe des sciences et de la culture. 

Tout au long de sa vie personnelle et de sa carrière politique, Simone Veil s'est imposée comme une pionnière, aussi bien en France qu'en Europe, avec toujours comme objectif de préserver la dignité humaine, si chèrement éprouvée lors de sa jeunesse, quand l'Europe se déchirait. Elle est aujourd'hui une des femmes qui a oeuvré pour une Europe apaisée et ambitieuse.

 

Pour aller plus loin

  • Discours de Simone Veil lors de son investiture au Parlement européen en 1979
  • Simone Veil revient sur le contexte de la loi sur l'avortement (site de l'INA)
  • Simone Veil, Les hommes aussi s'en souviennent, Stock, Paris, 2004

 

 

Ajouter un commentaire