Croatie: retour sur une histoire

Par Philippe Perchoc | 23 octobre 2006

Pour citer cet article : Philippe Perchoc, “Croatie: retour sur une histoire”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 23 octobre 2006, http://www.nouvelle-europe.eu/node/18, consulté le 26 septembre 2017

croatia-2La Croatie est une très ancienne région de peuplement européen. Les plus grandes civilisations de la Méditerranée s'y sont succédées. Un retour en arrière permet de comprendre pourquoi elle reste le sujet de tant d'enjeux.

La région a été précocement occupée par les Romains puis par les Byzantins. L'influence de ces deux peuples est surtout sensible sur les villes côtières de Split, de Dubrovnik et de Zadar. A l'intérieur, des tribus venues des plaines d'Europe centrale s'organisent en grandes confédérations agraires.

Le Moyen-Age

La frontière naturelle de la Croatie est celle du catholicisme romain. En effet, sous l'influence des Francs et des Carolingiens, les Croates se sont tournés vers Rome alors que les Serbes restaient fidèles à l'orthodoxie.

En 880, ils fondent un duché qui devient un royaume indépendant en 925 sous le règne de Tomislav. Il s'allie aux Byzantins contre les Bulgares pour consolider son royaume. Les premiers rois restent dans la vassalité byzantine avant de se rapprocher de Rome et de Venise. C'est ce que fait Kresimir IV pour devenir roi de Croatie et de Dalmatie. Mais le royaume instable est envahi par les Hongrois et les Vénitiens au début du XIIe siècle pour rester sous influence majoritairement hongroise jusqu'au milieu du XIXe siècle, la République de Raguse faisant durablement exception par son indépendance.

L'influence catholique est réaffirmée par une présence importante des ordres monastiques. Représentant le pouvoir royal, un ban croate, vassal du pouvoir hongrois, réside à Zagreb. Les traditions slaves et la langue populaire croate se développent sous l'influence jésuite.

Vers l'indépendance

Napoléon bouleverse la donne en créant les provinces illyriennes et en les rattachant à l'Empire de 1810 à 1813. Il y abolit la féodalité et introduit le Code Civil. La rupture napoléonienne marque une césure dans l'histoire croate.

Les premiers mouvements pan-slaves se développent, notamment sous l'influence de Ljudevit Gaj (1809-1872) qui veut unir les Slaves du Sud. La révolution de 1848 constitue le détonateur du nationalisme croate qui se rapproche des Autrichiens contre les Hongrois qui les dominent. De 1849 à 1867, la Croatie est rattachée à la couronne d'Autriche, puis à l'Autriche-Hongrie jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale.

Par la suite, le compromis autour de la double monarchie ramène la Croatie dans le giron hongrois. L'évêque catholique Josip Strossmayer (1815-1905) pousse à l'union de tous les Slaves du Sud, sous et hors de la domination habsbourgeoise. Ils demandent la création d'une monarchie tripartite entre les Autrichiens, les Hongrois et les Slaves (Croates et Serbes). Ceux-ci s'unissent pour influencer le Parlement autonome de Zagreb de 1906 à 1908 avant que les Hongrois arrêtent les meneurs du mouvement en 1908.

La Première et la Seconde Guerre Mondiale

Après la Première Guerre Mondiale, les Alliés voient d'un bon oeil le rassemblement des Slaves du Sud dans un royaume des Serbes, Croates et Slovènes. Ce royaume, créé à l'issue de la guerre, connaît tout de suite l'instabilité due aux différents mouvements nationalistes des Serbes, des Croates et des Slovènes. La quasi hégémonie serbe dans la vie publique du pays attise notamment le courroux croate, et l'épisode de l'assassinat du député croate Radić cristallise les mécontentements. Le royaume est renommé en 1929, Royaume de Yougoslavie mais son unité n'est qu'une façade.

Les Croates eux-mêmes se divisent entre autonomistes et séparatistes. L'Oustacha (association indépendantiste), influencée par Mussolini, mène des actions violentes. En 1934, elle tue le roi yougoslave Alexandre à Marseille.

Au début de la Seconde Guerre Mondiale, une grande banovine de Croatie est créée, unissant Croatie et Dalmatie (4,4 millions d'habitants) avant que l'invasion allemande permette de fonder l'Etat indépendant de Croatie (6,3 millions d'habitants) sous le contrôle de l'Oustacha.

Les Oustachis massacrent tellement de Serbes, de Juifs et de musulmans bosniaques que Berlin est obligée de les modérer car ces exactions grossissent les rangs de Tito de jour en jour.

Les partisans de Tito poursuivent les Oustachis et leur chef Pavelić qui réussit à s'enfuir.

Fédération yougoslave et indépendance

En 1946, la Croatie devient une des 6 républiques qui composent la Yougoslavie socialiste. Le nationalisme croate se réveille en 1971 lorsque des Oustachis exilés assassinent des diplomates yougoslaves. C'est alors qu'a lieu le Printemps croate, mouvement national initié par les intellectuels et les étudiants et visant à promouvoir la langue et l'autonomie de la Croatie au sein de la Yougoslavie. Tito multiplie alors les arrestations de nationalistes croates. La situation des nations se dégrade, et devant l'émergence d'un nationalisme grand-serbe autour de Milošević, la Croatie se réfugie dans un discours indépendantiste qui évolue vers le nationalisme. En 1990, l'ex général Tuđman devient alors président de la République. Devant le blocage des institutions yougoslaves et l'évidente impasse politique au sein de la Fédération yougoslave, le cheminement vers l'indépendance est en marche. Les premiers heurts entre policiers serbes et croates ont lieu.

Aux premières élections multipartites de 1990, 94% des Croates se prononcent pour l'indépendance (25 juin 1991) qui est reconnue internationalement en 1992. Les régions croates majoritairement serbes refusent cet état de fait et déclarent à leur tour leur indépendance, cette dernière n'étant jamais reconnue par la communauté internationale. Durant les  7 premiers mois de guerre, on dénombre 50 000 morts et des centaines de milliers de réfugiés. Pendant plusieurs années, l'armée serbe occupe environ un tiers du territoire croate, sans que les violences cessent réellement. En 1995, la Croatie parvient à regagner les territoires de Slavonie occidentale et de Krajina croate par des opérations militaires. Ce n'est finalement qu'en 1998 qu'elle recouvre l'intégralité de son territoire en réintégrant pacifiquement la Slavonie orientale.                 

Le Moyen-Age

La frontière naturelle de la Croatie est celle du catholicisme romain. En effet, sous l'influence des Francs et des Carolingiens, les Croates se sont tournés vers Rome alors que les Serbes restaient fidèles à l'orthodoxie.

En 880, ils fondent un duché qui devient un royaume indépendant en 925 sous le règne de Tomislav. Il s'allie aux Byzantins contre les Bulgares pour consolider son royaume. Les premiers rois restent dans la vassalité byzantine avant de se rapprocher de Rome et de Venise. C'est ce que fait Kresimir IV pour devenir roi de Croatie et de Dalmatie. Mais le royaume instable est envahi par les Hongrois et les Vénitiens au début du XIIe siècle pour rester sous influence majoritairement hongroise jusqu'au milieu du XIXe siècle, la République de Raguse faisant durablement exception par son indépendance.

L'influence catholique est réaffirmée par une présence importante des ordres monastiques. Représentant le pouvoir royal, un ban croate, vassal du pouvoir hongrois, réside à Zagreb. Les traditions slaves et la langue populaire croate se développent sous l'influence jésuite.

Vers l'indépendance

Napoléon bouleverse la donne en créant les provinces illyriennes et en les rattachant à l'Empire de 1810 à 1813. Il y abolit la féodalité et introduit le Code Civil. La rupture napoléonienne marque une césure dans l'histoire croate.

Les premiers mouvements pan-slaves se développent, notamment sous l'influence de Ljudevit Gaj (1809-1872) qui veut unir les Slaves du Sud. La révolution de 1848 constitue le détonateur du nationalisme croate qui se rapproche des Autrichiens contre les Hongrois qui les dominent. De 1849 à 1867, la Croatie est rattachée à la couronne d'Autriche, puis à l'Autriche-Hongrie jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale.

Par la suite, le compromis autour de la double monarchie ramène la Croatie dans le giron hongrois. L'évêque catholique Josip Strossmayer (1815-1905) pousse à l'union de tous les Slaves du Sud, sous et hors de la domination habsbourgeoise. Ils demandent la création d'une monarchie tripartite entre les Autrichiens, les Hongrois et les Slaves (Croates et Serbes). Ceux-ci s'unissent pour influencer le Parlement autonome de Zagreb de 1906 à 1908 avant que les Hongrois arrêtent les meneurs du mouvement en 1908.

La Première et la Seconde Guerre Mondiale

Après la Première Guerre Mondiale, les Alliés voient d'un bon oeil le rassemblement des Slaves du Sud dans un royaume des Serbes, Croates et Slovènes. Ce royaume, créé à l'issue de la guerre, connaît tout de suite l'instabilité due aux différents mouvements nationalistes des Serbes, des Croates et des Slovènes. La quasi hégémonie serbe dans la vie publique du pays attise notamment le courroux croate, et l'épisode de l'assassinat du député croate Radić cristallise les mécontentements. Le royaume est renommé en 1929, Royaume de Yougoslavie mais son unité n'est qu'une façade.

Les Croates eux-mêmes se divisent entre autonomistes et séparatistes. L'Oustacha (association indépendantiste), influencée par Mussolini, mène des actions violentes. En 1934, elle tue le roi yougoslave Alexandre à Marseille.

Au début de la Seconde Guerre Mondiale, une grande banovine de Croatie est créée, unissant Croatie et Dalmatie (4,4 millions d'habitants) avant que l'invasion allemande permette de fonder l'Etat indépendant de Croatie (6,3 millions d'habitants) sous le contrôle de l'Oustacha.

Les Oustachis massacrent tellement de Serbes, de Juifs et de musulmans bosniaques que Berlin est obligée de les modérer car ces exactions grossissent les rangs de Tito de jour en jour.

Les partisans de Tito poursuivent les Oustachis et leur chef Pavelić qui réussit à s'enfuir.

Fédération yougoslave et indépendance

En 1946, la Croatie devient une des 6 républiques qui composent la Yougoslavie socialiste. Le nationalisme croate se réveille en 1971 lorsque des Oustachis exilés assassinent des diplomates yougoslaves. C'est alors qu'a lieu le Printemps croate, mouvement national initié par les intellectuels et les étudiants et visant à promouvoir la langue et l'autonomie de la Croatie au sein de la Yougoslavie. Tito multiplie alors les arrestations de nationalistes croates. La situation des nations se dégrade, et devant l'émergence d'un nationalisme grand-serbe autour de Milošević, la Croatie se réfugie dans un discours indépendantiste qui évolue vers le nationalisme. En 1990, l'ex général Tuđman devient alors président de la République. Devant le blocage des institutions yougoslaves et l'évidente impasse politique au sein de la Fédération yougoslave, le cheminement vers l'indépendance est en marche. Les premiers heurts entre policiers serbes et croates ont lieu.

Aux premières élections multipartites de 1990, 94% des Croates se prononcent pour l'indépendance (25 juin 1991) qui est reconnue internationalement en 1992. Les régions croates majoritairement serbes refusent cet état de fait et déclarent à leur tour leur indépendance, cette dernière n'étant jamais reconnue par la communauté internationale. Durant les  7 premiers mois de guerre, on dénombre 50 000 morts et des centaines de milliers de réfugiés. Pendant plusieurs années, l'armée serbe occupe environ un tiers du territoire croate, sans que les violences cessent réellement. En 1995, la Croatie parvient à regagner les territoires de Slavonie occidentale et de Krajina croate par des opérations militaires. Ce n'est finalement qu'en 1998 qu'elle recouvre l'intégralité de son territoire en réintégrant pacifiquement la Slavonie orientale.

 

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