Croatie : J-365

Par Jean-Baptiste Kastel | 1 juillet 2012

Pour citer cet article : Jean-Baptiste Kastel, “Croatie : J-365”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 1 juillet 2012, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1504, consulté le 19 juillet 2018

1er juillet 2007, l’Union européenne passait de 25 à 27 membres. L’année prochaine, les 27 prendront fin, place aux 28 ! Il y a un an, la Commission européenne et le Conseil donnaient successivement leur feu vert à Zagreb et bouclaient les 35 chapitres. Après un référendum, la Croatie disait oui à l’intégration européenne et confirmait la volonté des Croates d’intégrer l’Union européenne le 1er juillet 2013.

C’est le dimanche 22 janvier que les Croates ont voté massivement en faveur de l’adhésion à l’UE, avec plus de 66% de oui au référendum. Cependant la participation a été faible : moins de 44% des électeurs se sont rendus aux urnes. Le nouveau gouvernement de centre gauche avait fait le choix d’une campagne courte et mis les grands moyens pour convaincre les électeurs de voter « oui ». Une campagne qui a été critiquée par l’opposition, celle-ci estimant que la campagne était manipulée. Les opposants ont dénoncé la « propagande » gouvernementale qui a faussé la campagne, dont la durée bien trop courte a influencé les résultats.

La route est longue et la pente est raide

C’est le dernier épisode dans ce chemin sinueux qu’a emprunté la Croatie pour rejoindre l’Union européenne. C’est en effet après dix années de négociations que le pays va rejoindre l’UE.

En 2000, la défaite du parti nationaliste, le HDZ, fondé par Franjo Tudjman lors de l’éclatement de la Yougoslavie, est la première marche du périple européen. Les élections législatives de cette année-là mènent au pouvoir une coalition souhaitant mettre fin à l’autoritarisme de l’ère Tudjman. Le Premier ministre Ivica Racan dépose officiellement la candidature du pays à l'Union européenne en février 2003. C’est en juin 2004 que Zagreb reçoit le statut de candidat officiel à l’Union européenne. Les gouvernements croates successifs souhaitaient rejoindre l’UE en même temps que la Roumanie et la Bulgarie. Cependant, la Commission estime que le pays n’avance pas assez rapidement sur certains dossiers. Sur les quatre derniers chapitres clos en 2011, deux pointent les lacunes du système judiciaire croate. En effet, selon la Commission, le pays doit effectuer des efforts supplémentaires en termes de droit de la concurrence et de droits et libertés fondamentales.

De plus, la coopération avec le TPIY et la normalisation des relations avec les voisins ne semblent pas, au début, être un enjeu majeur pour les autorités croates. Depuis 2000, l’alternance entre le HDZ et les partis libéraux complique la cohérence du projet européen croate. En 2008, un sondage  montrait le pessimisme de la population. Seulement 30% des Croates étaient favorables à l’intégration de leur pays dans l’Union européenne.

Les arguments principaux de cette opposition : la lenteur des négociations et la forte impression qu’un nouveau diktat est imposé à la population croate. Les partis ultra nationalistes justifient leur positionnement anti-européen en estimant que l’intégration sera de nouveau une perte de souveraineté pour le pays à travers une incorporation dans une entité qui privera les Croates de leurs droits.

Depuis le XII siècle la Croatie n’a jamais été réellement indépendante. Elle a successivement fait partie de la Hongrie, de l’Empire ottoman, de l’Empire des Habsbourg, du Royaume de Yougoslavie, et a même été un Etat satellite de l’axe pendant la Seconde Guerre mondiale avant de retourner dans une Yougoslavie communiste dirigée par les Serbes. Ainsi, le pays a retrouvé une indépendance depuis le 25 juin 1991 suite à un conflit qui a profondément marqué la population. Une partie de celle-ci a du mal à accepter ce nouveau transfert de souveraineté envers une autre entité.

Le scandale d’Ivo Sanader a de même ralenti le processus d’adhésion et a symbolisé pour Bruxelles une illustration des lacunes du système politique croate, notamment concernant la corruption. En 2009, le Premier ministre démissionne, soupçonné de corruption. Il est finalement arrêté en 2010 à Salzbourg.

Après le référendum, quels chantiers ?

La Croatie a subi de plein fouet la crise économique. Ce phénomène est commun aux Balkans. L’ensemble des économies sont entrées en récession après le choc de 2008. Les retraits massifs des capitaux italiens et allemands ont contribué à une baisse de 6% du PIB croate lors de l’année 2009. Cette période a vu une augmentation du chômage qui est actuellement à 17%.

De plus, le système politique croate est morcelé entre les démocrates et les nationalistes. La nouvelle coalition au pouvoir (centre droit) nommée « Kukuriku » a remporté les élections en novembre 2011 face au HDZ. Le pays est actuellement dirigé par le Premier ministre Zoran Milanovic et le Président Ivo Josipovic, tous deux membres du parti social démocrate.

Cependant, malgré la victoire des pro-Européens, la confiance envers l’UE et la classe politique croate est ébranlée. Le scandale d’Ivo Sanader, le contexte économique, ce nouveau « diktat européen » ou encore l’arrestation par le TPIY de personnages considérés comme des héros de guerre (le cas d’Ante Gotovina) suscitent une vive opposition de la population croate contre l’UE.

Le cas de la Dalmatie illustre cette pensée. C’est dans cette région que les électeurs ont le moins voté en faveur de l’intégration européenne. Cette région est riche et fait partie d’un des territoires les plus ouverts du pays. La cause de cette opposition : la politique européenne de la pêche. En effet, l’économie est tournée vers la pêche, et le tourisme et les habitants de la Dalmatie savent que l’entrée dans l’UE va perturber certaines professions.

Concernant les relations avec les voisins, la Croatie a souhaité normaliser ses rapports. Tout d’abord, le pays a laissé à un tribunal international la résolution du conflit territorial l’opposant à la Slovénie et concernant les eaux navigables du golfe du Piran.

Les deux autres pays clefs pour Zagreb restent la Bosnie-Herzégovine et la Serbie. Malgré la reconnaissance du Kosovo dès sa proclamation d’indépendance en 2008 par la Croatie, la Serbie et l’Etat croate ont connu, pendant le dernier mandat du Président serbe, Boris Tadic, une amélioration de leurs relations. L’acmé de cette coopération reste l’été 2011, où les deux gouvernements ont souhaité la création d’une banque de crédit afin de dédommager et d’aider les victimes de la guerre. Pendant la même période, nous assistions à la première réunion depuis l’éclatement de la Yougoslavie entre le président serbe, le président croate et le président bosnien. Cependant, l’élection présidentielle serbe a déjà détérioré les relations entre la Serbie et la Croatie. Ivo Josipovic à déclaré qu’il ne viendrait pas à la cérémonie d’investiture du nouveau président serbe, Tomislav Mikolic, suite aux propos tenus par ce dernier concernant Srebrenica.

 

L'adhésion de la Croatie à l’Union européenne représente un geste d’espoir pour la région. Après le sommet européen de Thessalonique de 2001 qui affirmait « le caractère européen de la région », les Etats issus de l’ancienne Yougoslavie voient enfin que la participation au projet européen n’est pas seulement une chimère. Cette adhésion n’est pas anecdotique, elle permet à un pays qui a été détruit et ravagé par la guerre il y a moins de 20 ans d'accéder à l’UE. Alors, qui sera le prochain ? L’UE devra-t-elle faire un élargissement groupé ? 

Aller plus loin

A lire

  • DERENS Jean-Arnault, Comprendre les Balkans : histoire, sociétés, perspectives, Non Lieu, Paris, 2007, 375 pages.

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Source photo : Tomislav Square, Zagreb sur Wikimedia Commons

                                              

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