Controverses et perspectives de l’Union économique et monétaire (réseau du Triangle de Weimar)

Par Capucine Goyet | 9 novembre 2011

Pour citer cet article : Capucine Goyet, “Controverses et perspectives de l’Union économique et monétaire (réseau du Triangle de Weimar)”, Nouvelle Europe [en ligne], Mercredi 9 novembre 2011, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1300, consulté le 22 août 2017

À l’heure des débats actuels sur un gouvernement économique en Europe, les États-membres donnent l’impression que celui-ci passera par une approche intergouvernementale plutôt qu’intégrationniste, voire fédéraliste. Stefan Collignon de la Sant’Anna School of Advanced Studies/LES- Pise/London, qui a écrit de nombreux articles sur le « républicanisme européen », expose sa pensée.

Il commence par rappeler que, depuis le traité de Maastricht, on assiste à une accélération forte de l’approche intergouvernementaliste. Et bien que la responsabilité de la crise soit, en grande partie, imputable au comportement criminel de l’ancien gouvernement grec de Karamanlís, chaque État ne peut se permettre de conserver une démarche solitaire. L’interdépendance des États au sein de l’UEM entraîne des externalités et des effets induits encore plus forts.

Panorama de la crise économique au sein du Triangle de Weimar

Le spécialiste de la « République européenne » donne alors une vue d’ensemble de la crise économique, en faisant un état des lieux comparatif des trois pays. D’un côté, la Pologne semble avoir plutôt bien résisté à la crise ; de l’autre, la France s’inquiète de voir son triple A dévalué par les agences de notation.

Pourquoi une telle différence ? Depuis le gouvernement Jospin, la France a eu une politique de désinflation compétitive : les salaires ont augmenté moins vite que la productivité. De fait, la France accuse actuellement un désavantage concurrentiel, à l’inverse de la Pologne qui, en raison du taux de change, a réévalué ses salaires. Outre le système de taux de change flottant, deux autres facteurs expliquent la résistance de la Pologne : d’abord son système bancaire qui n’est pas entièrement intégré dans le système mondial, puis un taux de croissance similaire à celui de la France.

De manière plus générale, le chauvinisme, c’est-à-dire la croyance aveugle en la supériorité nationale, est un autre facteur explicatif des controverses et divisions qui existent aujourd’hui en Europe sur l’UEM. En suggérant une tendance à se comporter toujours selon son habitude, ce chauvinisme nuit à tout progrès et avancée – surtout quand on prend pour référence le cadre national tout en évoluant avec un marché et une monnaie uniques. La position politique joue également un rôle important dans ces désaccords : certains hommes politiques prônent un mix politique à la Reagan ou Sarkozy avec des déficits élevés et des taux d’intérêts élevés, tandis que d’autres, à l’instar de Dominique Strauss-Kahn, encouragent les excédents et les taux d’intérêts faibles.

La République européenne : une et divisible

Comment contrer ces perspectives ? Une solution est à chercher du côté du fédéralisme et de la création d’une République européenne. Les fédéralistes souhaitent, en effet, élargir la polity, de telle sorte que les électeurs puissent imposer leur position et élire un gouvernement. Stefan Collignon explique que ce dont l’Europe a besoin, c’est d’un gouvernement européen porté par une epistemic constituency. Cette République européenne suppose de réfléchir au bien public et d’appliquer ce qui s’y rapporte. Elle permet de distinguer entre bien publics européens et biens publics nationaux, ce qui évite les écueils de l’intergouvernementalisme (des gouvernements qui ne prennent des actions que par rapport à leurs électorats respectifs) comme du fédéralisme (qui tend à faire croire que nous partagerions les mêmes valeurs et une même identité). Ainsi, il s’agit d’apprendre que la République peut être « une et divisible ». Et c’est ce dernier aspect divisible que la France se doit d’apprendre. La question de la création d’une VIe République rejoignait d’ailleurs cette idée, puisque celle-ci devait prendre la forme d’une République française au sein de la République européenne. D’autre part, la République européenne doit être une Bundesrepublik, et cette fois-ci, c’est aux Allemands de penser davantage en termes de « Bund » que simplement de « Republik ».

En d’autres termes, il est nécessaire de mettre en place un mécanisme qui dépasse les frontières. Comme le disait Jean Monnet : « nous ne coalisons pas des États, nous unissons des hommes ». Or, au niveau européen, la différence entre le peuple souverain, véritable propriétaire des biens publics européens, et le gouvernement souverain, persiste toujours. D’une certaine manière, si la démocratie nationale se fait « par le peuple, pour le peuple » ; la démocratie européenne s’en tient au stade du « pour le peuple ». La prochaine étape de l’UE doit être sa politisation.

L’architecture institutionnelle

La modératrice Olga Markiewicz, de l’Instytut Spraw Publicznych, envisage, elle aussi, différentes manières de sortir de la crise. Une première solution pourrait se trouver au niveau des structures administratives. Il s’agit alors de déterminer comment les décisions des institutionnels peuvent directement impacter sur la sortie de crise. Elle propose ensuite de réfléchir au semestre européen. En tant que dispositif majeur du renforcement de la coordination des politiques budgétaires, il accentue l’idée d’une surveillance régulière et se veut un nouvel instrument plus efficace en matière de discipline budgétaire. Enfin, les régulateurs paneuropéens pourraient se voir accorder un rôle de surveillance des institutions financières.

Réseau du Triangle de Weimar

À lire

  • COLLIGNON, Stefan, The European Republic: Reflections on the Political Economy of a Future Constitution. London: The Federal Trust, 2003, 212 pp

 

Source photo :© Nouvelle Europe / Capucine Goyet-Tanguy Séné

 

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