Carnet de voyage dans les Balkans orientaux (2) Notre escale bulgare - Six mois aux « frontières de l’Union européenne » - Sofia (2/2)

Par Alexandra Yaghil | 23 juillet 2012

Pour citer cet article : Alexandra Yaghil, “Carnet de voyage dans les Balkans orientaux (2) Notre escale bulgare - Six mois aux « frontières de l’Union européenne » - Sofia (2/2)”, Nouvelle Europe [en ligne], Lundi 23 juillet 2012, http://www.nouvelle-europe.eu/node/1503, consulté le 22 janvier 2018

Sofia, l'insolite !

Leur coût dérisoire fait des taxis le moyen le plus pratique de se déplacer pour beaucoup de Sofiotes et pour une grande majorité des expats. Ces taxis jaunes à la mode new-yorkaise qui grouillent, partout, tout le temps, sont généralement conduits par de sympathiques chauffeurs avides de discussion. Souhaitant systématiquement savoir d’où je venais et pourquoi diable j’avais décidé de quitter la France pour m’installer en Bulgarie six mois, ils finissaient irrémédiablement par me vendre les richesses de leur pays jusqu’à me souhaiter d’y fonder une famille! 

 

Dans ces mêmes taxis, je me retrouvais souvent à voyager au son des airs de tchalga, le volume poussé. Ce genre musical bulgare, mélange de chants traditionnels, influences orientales, turques, manouches et sons pop ou folk, possède ses équivalents dans différents pays des Balkans. Sofia offre les nombreuses affiches criardes des chanteurs tchalga, la plupart de jeunes femmes pulpeuses, dénudées que l'on peut écouter sans fin dans ces boîtes de nuit qui s’en sont fait une spécialité : les « tchalgathèques ».

La musique est omniprésente dans la ville et l’on croise souvent un jazz-band sur la place du théâtre, un groupe de rock dans la station de métro de l’université ou encore un joueur de cornemuse dans le jardin de la Galerie de l'art étranger. Au début de l’été, ce sont les répétitions de l’orchestre militaire pour les opéras en plein air de l’été qui ont accompagné mon trajet quotidien. Musique dans les restaurants traditionnels bien sûr, mais également lors des dîners privés invariablement ponctués de ballades bulgares et russes d’hier et d’aujourd’hui, chantées avec entrain, un verre de rakia à la main !

Musique encore lors du récent festival de musique de Sofia à l’occasion duquel une dizaine de pianos, plus singuliers les uns que les autres, furent éparpillés dans la ville. Libre d’accès, celui placé dans le passage du métro face à l’université permettait de gagner une place pour un concert à tout pianiste apprenti qui jouerait durant trente minutes.

       

        

  

(Quelques-uns des dix pianos placés dans Sofia par la municipalité durant le Festival de la musique au mois de mai)

 

Malheureusement, les aboiements des nombreux chiens errants vient (trop) souvent polluer l'environnement sonore sofiote. Les chiens errants...voilà, le défaut majeur de la capitale bulgare qui, comme l'état de la voirie, ne semble pas inquiéter la municipalité. Problématique majeure durant l'époque soviétique, le danger que représentent les chiens errants avait perdu de son importance, leur nombre ayant diminué après la chute du régime. Malheureusement, les accidents sont de nouveau fréquents, et deux récents tragiques faits divers (décès dus à des attaques de chiens) ont propulsé la question sur le devant de la scène médiatique sans pour autant susciter la mise en place d'un réel plan d'action publique.  

Si les chiens errants représentent bien un danger qu'il ne s'agit pas d'ignorer, on est loin du scénario hitchcockien servi par France 2 dans un récent reportage. Ainsi, il ne faut surtout pas hésiter à prendre le temps de parcourir les petites rues de Sofia y compris celles qui, au premier abord, ne paraissent pas présenter grand intérêt. En effet, ce sont celles-ci qui regorgent de trésors urbains insolites tels que ces murs peints aux couleurs flashes ou encore ces étonnants boîtiers électriques collés aux façades, habillés de motifs et de personnages cocasses voire burlesques. Ces éléments enchantent d’autant plus qu’ils viennent contrebalancer l’aspect parfois austère de certaines façades peu entretenues aux fils électriques souvent apparents.

 

  

 

(Quelques murs peints de Sofia)

 

  

(De surprenants boîtiers électriques décorés !)

Marchant à Sofia, on peut aisément faire halte en s'asseyant sur un bout de colonne romaine au milieu du « Jardin des docteurs » (Doktorska gradina) ou encore séjourner dans un hôtel construit autour de ce qui était une rotonde romaine (aujourd'hui, l'église Saint Georges). Le patrimoine archéologique de Bulgarie, gigantesque, reste méconnu, et le sol bulgare encore trop peu fouillé. Le régime soviétique, peu soucieux des questions de préservation du patrimoine, permettait la construction sur des vestiges mis à découvert. Si cela n'est évidemment plus permis aujourd'hui, l'assimilation de certains vestiges avec le paysage urbain reste une particularité de la capitale. Que penser de cette cohabitation? Si d'une part, on peut y voir la démocratisation totale de l'accès au patrimoine et à l'histoire de la ville, voire son inscription dans la vie quotidienne des Sofiotes, l'on regrettera l'absence de préservation, le risque d'une mise en péril de ces précieuses ruines ainsi que le manque d'explication à destination du public. 

                     (La Rotonde de l'église Saint-Georges)

Si beaucoup de Sofiotes apprécient la praticité des grands « malls » où l’on retrouve les grandes chaînes de prêt-à-porter mondiales, je leur ai, quant à moi, préféré la myriade de petits commerces que compte la capitale.

Il y a d’abord ces petites échoppes, telles de grosses boîtes bleues remplies de fruits secs, habillant les trottoirs de Sofia et où l’on passe commande tel au guichet d’une banque. Puis, il y a les « kleks », ces commerces typiques, installés dans des sous-sols de particuliers, qui ont fleuri après 1989. C’est avec étonnement puis amusement que l’on s’accroupit pour parler avec le cordonnier, le retoucheur ou pour choisir ses achats selon les produits disposés dans des vitrines collées à la façade de l’immeuble !

 

(Klek)

En parcourant la ville, y compris ses quartiers les plus résidentiels, on pénètre souvent, par un heureux hasard, dans des petits cafés, magasins bio et autre boutiques « bobo » remplies d’objets issus de l’artisanat bulgare.

 

Enfin, reliant la mosquée à la synagogue, il y a les jolies halles de Sofia, ou marché Hali, avec sa structure en fer forgé vert et, bien sûr, les nombreux marchés, comme celui des livres de la place Slavejkov, celui aux légumes et aux fruits ulica Graf Ignatiev, le long des rails du tramway, ou encore le célèbre « marché aux femmes » avec ces étales de bric et de broc. Dépaysement et voyage dans le temps assuré!

 

(Le marché aux fruits et légumes de la rue Graf Ignatiev suit le trajet du tramway)

Pour résumer... Epilogue !

Il faut arriver sans préjugé à Sofia. Il faut s'y perdre et se laisser emporter par le charme inhabituel de la capitale. Enfin, il faut en sortir pour se perdre dans le reste du pays...

Sur Nouvelle Europe:

La première partie du récit de voyage: Notre escale bulgare - Six mois aux frontières de l'Europe - Sofia (1/2)

 
Sources photos: © Alexandra Yaghil pour Nouvelle Europe
Klek et Rotonde de l'église Saint-Georges sur picasawab.

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