Bonjours d'Europe

Par Virginie Lamotte | 26 avril 2007

Pour citer cet article : Virginie Lamotte, “Bonjours d'Europe”, Nouvelle Europe [en ligne], Jeudi 26 avril 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/179, consulté le 15 décembre 2018

journe_europenne_des_langue_-_logo Notre dossier du mois de mai porte sur la diversité linguistique européenne, l’occasion de voir comment nos voisins se disent "bonjour"… Afin de n’exclure personne à cause des différentes articledéfinitions de l’Europe, nous avons fait le choix de prendre les pays du Conseil de l’Europe, qui mènent une action très importante en faveur de la promotion de la diversité linguistique au niveau des Etats européens. Voici donc un tour d'horizon de l'incroyable richesse linguistique européenne.

(logo de la journée européenne des langues, source : Commission européenne

 

 

L’Europe est une véritable mosaïque de langues. Elle en compte plus d’une centaine au sein de son territoire. Ces langues appartiennent principalement à deux grands groupes linguistiques différents : indo-européen et finno-ougrien.

Une très grande famille indo-européenne. 

 

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Commençons par le groupe le plus important : la famille indo-européenne. Elle rassemble la très grande majorité des langues du continent. Les langues de ce groupe se sont définies au fil du temps suite aux différentes invasions et occupations aux quatre coins de l’Europe. Au sein de cette famille, on compte plusieurs sous-groupes. Mais avant tout, n’oublions pas notre grand-mère commune, le latin qui le matin, saluait ses concitoyens d’un « salvete » ou d’un « ave ».

Diversité et rameau germaniques. 

Chez nos grands cousins germains, de l’autre côté du Rhin, on vous dira « Guten Tag », mais au pays de tulipes, aux Pays-Bas, le matin on vous adressera un « goede morgen », alors que la petite sirène de Copenhague aura plus tendance à entendre des « goddag » et que leurs compatriotes des Îles Féroés diront « hey ». Les Norvégiens et les Suédois quant à eux vous diront « god dag ». Mais dans ces pays vous pourrez aussi très souvent entendre des « hej », « hei » ou des « hallo ».

Il ne faut oublier la langue germanique la plus connue et la plus pratiquée au monde, à savoir l’anglais. Nos voisins outre-Manche vous souhaiterons un « good morning » matinal à la descente de l’Eurostar. Il ne faut pas oublier non plus les islandais, dont leur langue n’a quasiment pas bougé depuis le 12ème siècle. Pour eux, ce sera un « halló ».

Tout cela, ce serait sans compter sur l’incroyable richesse linguistique de cette région : on compte en effet nombre de dialectes encore vivants et vivaces comme les suisse-allemands qui vous diront « guete tog », les alsaciens « guàtertag », sans oublier les lorrains, qui le matin se donnent des « gùtte Mòrje ». En Allemagne, particulièrement, les dialectes restent tous très parlés et par toutes les générations. Ainsi nos amis bavarois vous accueilleront avec un « Grüss Gott », en Basse-Saxe, ce sera « houje », alors qu’en Frise (à la frontière avec les Pays-Bas), on vous dira « hoi ». Mais la liste ne s’arrête pas là. Chaque Land allemand a au moins un dialecte qui lui est propre.

D’autres dialectes existent au sein de cet espace. Les Luxembourgeois ont aussi leur propre langue, qui a été reconnue comme langue de l’Union Européenne récemment. Ainsi, le matin, ce sera au son d’un « gudde moien » qu’ils vous réveilleront. En Belgique, les Flamands vous salueront le soir avec un « goede avond ». Les Flamands parlent en effet le néerlandais, mais ils ont aussi tout comme en Allemagne leurs variantes à eux du néerlandais.

La dernière langue de ce groupe est le yiddisch, langue qui a bien failli disparaître au cours du siècle dernier, mais qui connaît un léger regain de nos jours. Bien qu’ayant un autre alphabet et étant écrit de droite à gauche, le yiddisch est vraiment une langue germanique.

Des Slaves de l'est, du centre et du sud.

Passons maintenant à la partie slave de l’Europe et traversons-là du nord au sud. Les Polonais vous accueilleront avec un « dzień dobry », les Tchèques quant à eux vous diront « dobrý den », et les Slovaques vous raccompagneront le soir avec un « dobrý večer ».

Plus à l’est encore, en Ukraine, c’est par un « dobryi ranok » (transcription phonétique) que l’on se lève ; alors qu’en Russie on dira « Добрый день » (dobrii den, en transcription phonétique) ; et qu’en Biélorussie ce sera « dobraj ranicy » (transcription phonétique). Mais vous pourrez aussi entendre dans ces pays des « Прывiтанне » (privitanie), des « pryvit » mais encore des « privet ».

Dans les anciens pays yougoslaves, dans le texte "les slaves du sud", vous aurez droit en Slovénie à un « pozdravljen » si vous êtes un homme et à un « pozdravljena » si vous êtes une femme. Mais le matin, on vous dira là-bas « dobro jutro ». Un dialecte issu du slovène, le sobota, vous dira quant à lui « dobar dan ». Les Croates et les Serbes, eux, vous accueilleront avec un « dobro jutro » le matin et en Macédoine, ce sera « добар ден » (dobar den). Enfin, en sortant un peu de l’ex-Yougoslavie, en allant en Bulgarie, on dira « добър ден » (dóbar den). Dans cette région, vous aurez aussi l’occasion de dire « zdrasti », « bok », « živijo » ou « zdravo ». Il ne faut pas oublier les bosniaques qui nous donneront du « halo ».

Des isolats linguistiques...

L’albanais est ici une langue un peu à part, elle ne fait pas partie des langues slaves, ce qui ne les empêchera pas de vous dire « mirë dita » à la descente de l’avion. La langue albanaise forme en effet un groupe linguistique à elle seule au sein de la famille indo-européenne. C’est ce que l’on appelle un isolat linguistique. Et elle n’est pas le seul ici. L’arménien en est aussi un. Ainsi, à Erevan, on vous adressera un « barev » (transcription phonétique).

Le basque est aussi un isolat. Mais les basques seront très heureux de vous accueillir pour le petit déjeuner avec un « egunon ». Comme vous le voyez, le basque n’est pas une langue indo-européenne. De plus, ce n’est pas une langue unifiée, on y compte en son sein nombre de dialectes. En réalité, on ne sait pas trop aujourd’hui d’où il vient. Ce qui est sûr cependant, c’est qu’ils seraient arrivés il y a bien longtemps, avant les tribus barbares venues de l'est, qui elles ont imposées leurs langues.

Des langues baltiques en comité restreint. 

Un autre groupe de langues indo-européennes, assez petit celui-là, est celui des langues baltique, présentes en Lettonie, où l’on vous dira « labdien », et en Lituanie, où l’on entendra des « laba diena ». Ces langues ne sont pas des langues slaves mais forme bien un groupe à part entière. Ce sont les deux dernières langues vivantes de ce groupe, qui a vu disparaître entre autres le vieux-prussien, anciennement utilisé dans l’empire allemand qui s'éténdait jusqu'à l'actuelle Kaliningrad.

Revenons maintenant chez nous, plus à l’ouest. Le groupe des langues romanes est certainement le plus important après celui des langues germaniques. Malgré des systèmes souvent très centralisés qui ont plutôt poussé à l’unilinguisme, beaucoup de langues régionales et dialectes ont survécu, et ce même si leur situation n’est pas très florissante aujourd’hui.

Des langues romanes assez homogènes. 

Ainsi, en allant en Italie, on vous dira « buongiorno », mais en Sardaigne ce sera plutôt « bona die » et dans le Frioul « bondi ». A Madrid, en pleine Espagne castillane, on vous donnera du « buenos días » alors que leurs compatriotes de Catalogne vous diront « bon dia » et pour ceux de Galice ce sera tout simplement « ola ». Leurs voisins portugais préfèreront « bom dia ». Mais plus simplement tous ces gens pourront tout aussi dire « hola », « olá », « hola » ou « ciao ». Il ne faut pas oublier ici nos voisins romans de Roumanie, qui restent un ancrage de langue romane, certes avec des influences slaves, en plein milieu de l’Europe de l’est et des alphabets cyrilliques.

La richesse linguistique française. 

Malgré un état unitaire en la matière, la France n’est pas en reste. Certes, seule le français a sa place à tous les niveaux de l’Etat, mais bien que certains soient réellement en danger, nos dialectes existent toujours. En plus de l’alsacien et du lorrain, mentionné plus haut, les corses voudraient pouvoir nous dire plus souvent « bonghjornu », les bretons « demat ». Dans le sud, en languedocien et en provençal, ce sera plutôt « bonjorn » ou en occitan « bon jorn », alors qu’à Nice c’est « buïjort ».

Plus au nord, il ne faut pas oublier les Picards et les Cht’imis. Quant à nos voisins belges francophones, les Wallons aiment à dire « bondjoû », « ay! » ou « Diè wåde ». Mais ici aussi en Wallonie, il y a nombre de dialectes, dont beaucoup vont prochainement mourir, n’étant plus considérés que comme des patois et n’étant plus du tout parlés couramment.

Des cousins venus de loin...

Il existe une dernière branche des langues indo-européennes : il s’agit des langues celtiques. Elles ont été reconnu comme telles sur le tard, bien après les autres ; mais des racines communes ont fait jour. Ainsi en plus du breton, on compte parmi elles le cornouaillais qui vous réveilleront le matin avec un « myttyn da », les écossais et leur gaélique qui nous diront « hallo », le gaélique irlandais nous donnera plutôt « Dia duit ». Les Gallois quant à eux nous diront « hylo » ou « sut mae ». Mais d’autres langues existent au sein du Royaume-Uni comme le franco-normand, le gaélique mannois (de l’île de Man) ou le cornique.

Il faut aussi compter sur le groupe des langues helléniques, et parmi lesquelles il y a le grec, qui influença la construction et l’évolution de bon nombre d’autres langues indo-européennes. Ainsi à Athènes ou à Nicosie on vous dira « kalimera » ou « gia » (transcriptions phonétiques).

Enfin, il y a une dernière langue indo-européenne qui ne faut pas oublier : le rromani, la langue du peuple Rrom, peuple nomade d’Europe centrale et de l’est sans territoire propre. Ainsi, si vous avez l’occasion d’en croiser, dites-leur « latcho divès ».

La très large famille finno-ougrienne

 

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Une autre famille de langue est la famille finno-ougrienne, qui est nettement plus petite en nombre de locuteurs que celle ces langues indo-européennes. Néanmoins, la richesse linguistique y est présente. On les situe dans deux zones principales. Ainsi d’une part au cœur de l’Europe, en Hongrie, on a l’habitude de dire « jó napot kívánok » ou « szia ».

D’autre part, tout au nord de l’Europe, on trouve les finnois qui disent « hyvää päivää » ou plus couramment « moi », « terve » ou « hei » et là avec ce dernier on retrouve l’influence scandinave des langues germaniques. Un peu plus au sud de la Finlande, en Estonie on dira plutôt « tere hommikust » ou tout simplement « tere ». On note ici que les différences semblent plus marquées parmi les langues finno-ougriennes que parmi les groupes linguistiques des langues indo-européennes.

Mais cette famille ne se limite pas à ces trois langues, qui sont les plus importantes en terme de locuteurs. Il y a aussi les langues sâmes, du peuple du même nom, mais sans territoire, et qui vit tout au nord de l’Europe entre la Norvège, la Suède, la Finlande et la Russie au niveau de la péninsule de Kola. Il faut compter aussi avec les langues ouraliennes, c’est-à-dire toutes les langues parlées au niveau de l’Oural en Russie, mais il faut aussi penser aux langues de la Volga. Dans la région de Carélie, en Russie, à la frontière finlandaise, on parle aussi une langue finno-ougrienne, le carélien.

Les langues altaïques : des cousins habitant entre l'Europe et l'Asie. 

Un dernier groupe de langues est celui des langues altaïques, c’est-à-dire des langues de la Sibérie et de la très lointaine Russie. Ce sont des langues que l’on retrouve aussi au Japon, en Mongolie et en Corée. Il s’agit ainsi du japonais, du mongol, du turcique, du coréen ou du ket…

Parmi ces langues, on compte aussi le turc. Ainsi dans les rues d’Ankara vous entendrez des « günaydin » et des « merhaba ». Plusieurs langues du Caucase font aussi partie de la famille des langues altaïques, tel l’azéri, parlé en Azerbaïdjan et là-bas on vous adressera des « salam ». Par contre, le géorgien ne fait pas partie de cette famille. C’est une langue caucasienne, langues parlées autour de la mer Noire. Cependant, en Géorgie on vous dira quand même « gamarjoba ».

Nous avons donc des liens avec des langues hors d’Europe, mais il y a aussi en Europe des langues qui ne font parties d’aucune de ces deux familles. Le maltais en est un bon exemple, c'est une langue sémitique, apparentées par conséquent aux langues arabes. C'est aussi une langue officielle de l’UE et à Malte, on a l’habitude de dire « merħba » ou « oj ».

Pour finir avec tous ces bonjours d’Europe, il nous manque un bonjour international, celui en Esperanto et les espérantistes du monde entier vous diront avec un très grand plaisir « bonan tagon » ou tout simplement « saluton ».

P our aller plus loin:

picto_1jpeg Sur Internet : 
picto_1jpeg Le site Freelang , d'où la majorité des "bonjours" ont été trouvés. Vous pourrez en trouver d'autres dans d'autres langues du monde. Vous pourrez aussi trouver d'autres mots et expressions...

 

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