Biélorussie / Pologne : Quand la protection de l’environnement fait naître le dialogue

Par Antoine Lanthony | 4 février 2007

Pour citer cet article : Antoine Lanthony, “Biélorussie / Pologne : Quand la protection de l’environnement fait naître le dialogue”, Nouvelle Europe [en ligne], Dimanche 4 février 2007, http://www.nouvelle-europe.eu/node/111, consulté le 13 décembre 2018

450px-2005-09_bia322owieski_park_narodowy_4Si les relations politiques et diplomatiques entre Minsk et Varsovie sont souvent conflictuelles, les expulsions de diplomates étant plus courantes que les signatures de traités bilatéraux, il est néanmoins un domaine dans lequel les deux pays collaborent depuis longtemps : la préservation du patrimoine naturel unique qui les lie.

Bialowieski Park Narodowy côté polonais, Bielawiezskaja Puszcza côté biélorusse, mais les mêmes forêts, les mêmes tourbières, les mêmes bisons, les mêmes problématiques, et un même patrimoine unique qui transcende les rivalités…

L’histoire du parc est en elle-même intéressante : dès 1919, un groupe de naturalistes qui se rendait dans la forêt dans le but de vérifier si les bisons avaient survécu à la guerre n`a pas trouvé de bisons, mais a été convaincu qu’il fallait œuvrer pour protéger ce site d’une rare beauté, ce qui sera fait en 1921 avec la création d’une réserve puis d’un parc (de manière informelle) en 1932. La création formelle du Parc National de Bialowieza a eu lieu en 1947. Il fut classé en tant que réserve mondiale de la biosphère en 1977, puis Patrimoine naturel mondial en 1979.

En 1992, l`UNESCO a étendu les frontières du site du Patrimoine naturel mondial à la partie biélorusse du parc, nommée Bielawiezskaja Puszcza, ce qui a donné lieu à la création d’un site transfrontalier du Patrimoine naturel mondial. Il existe seulement 7 parcs de ce type dans le monde classés au patrimoine mondial de l’UNESCO.

L’ensemble de ce parc transfrontalier recouvre près de 150 000 hectares de part et d'autre de la frontière polono-biélorusse. La partie polonaise couvre 63 000 hectares (les écologistes polonais se battent pour que toute la forêt obtienne le statut de réserve naturelle, comme c'est le cas du côté biélorusse. En effet, seule une partie de la forêt polonaise est incluse dans le parc naturel) ; la partie biélorusse en couvre 87 000.

Ce parc recèle la dernière forêt naturelle de plaine en Europe (une flore de 5 000 espèces) mais aussi parmi les derniers bisons du continent (au sein d’une faune de 12 000 espèces). Les derniers bisons, qui vivaient depuis des siècles dans cette forêt, on disparu à la fin de la première guerre mondiale. Plusieurs années après, plusieurs bêtes ont été réintroduites. Cette réintroduction est un succès, mais celui-ci reste très fragile et est subordonné à une bonne protection de l’espèce, qui passe par une bonne collaboration entre les deux pays. Aujourd’hui, la population de bisons est estimée à 450 bêtes dans le parc, sur un total de 3000 dans le monde, le bison, plus grand mammifère européen étant une espèce hautement protégée car en voie de disparition.

La protection du parc est assurée par des équipes nationales de chaque côté de la frontière, mais aussi par des patrouilles transfrontalières, notamment pour suivre les déplacements des troupeaux et contrôler les évolutions quantitatives. Les deux pays travaillent en commun depuis 1991 afin d’assurer une meilleure gestion de ce lieu unique : unités transfrontalières, management partagé (le directeur du parc biélorusse est par exemple conseiller scientifique du parc polonais), échange de personnel, lignes téléphoniques directes entre les sièges des deux administrations, mais surtout, dans le but de faciliter le déplacement et la réintroduction de certaines espèces, le barbelé qui marquait la frontière polono-biélorusse a été retiré dans l’ensemble du parc dès 1991.

Pour l’anecdote, le bison se dit zubr en biélorusse. En 2001, cet animal, symbole de force et de résistance, avait inspiré Zubr, un mouvement d’opposition au régime biélorusse.

Plus généralement, cette coopération transnationale montre que cette zone est une région qui partage beaucoup : une nature, une histoire mouvementée… et que des passerelles existent, comme le symbolisent les bisons qui traversent la frontière chaque jour, mais aussi les villages catholiques de l’ouest de la Biélorussie, ou le village polonais de Bialowieza, qui est quant à lui majoritairement orthodoxe.

La coopération scientifique et la protection de l’environnement pourraient donc être l’un des axes de rapprochement entre deux pays marqués par une histoire douloureuse, un éloignement politique actuel très important, et la catastrophe de Tchernobyl, encore d’actualité, particulièrement dans le Sud de la Biélorussie, qui en paye encore aujourd’hui les conséquences.

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