Albanie méconnue

Par Philippe Perchoc | 24 octobre 2006

Pour citer cet article : Philippe Perchoc, “Albanie méconnue”, Nouvelle Europe [en ligne], Mardi 24 octobre 2006, http://www.nouvelle-europe.eu/node/19, consulté le 22 juillet 2017

Présentation d'un petit territoire montagneux du Sud-Est européen peuplé de 3,6 millions d'habitants, l'Albanie. Oubliée des médias, l'Albanie est héritière d'une longue histoire, chaotique comme celle de ses voisins.

Antiquité et Moyen Age

Les Albanais descendent des Illyriens, un peuple indo-européen installé à l'âge du bronze. Le nom Albanoï apparaît déjà dans la géographie de Ptolémée au II e siècle avant d'être largement reprise par les chroniqueurs byzantins.

Occupée par les Grecs puis par les Romains, l'Albanie fait partie de l'Empire Romain d'Orient après le partage de 395. Elle est envahie par les Barbares, (Avars, Lombards ...) avant que les Bulgares ne chassent les Byzantins.

Profitant de l'affaiblissement de Byzance par les croisades, une première principauté albanaise voit le jour et installe sa capitale à Kruji en 1190.

Après les occupations angevines (à partir de 1269) puis serbes (1355) , l'Albanie est dominée par de petits seigneurs et sombre dans l'anarchie. Malgré tous les efforts de Georges Castriota Skanderberg (1403-1468) pour unifier les Albanais et mener la lutte contre les Ottomans, ceux-ci finissent par contrôler durablement le pays.

La marche à l'indépendance

Les Albanais se convertissent massivement à l'Islam et fournissent un nombre important de grands dignitaires à l'empire même si les révoltes restent nombreuses.

Après la guerre russo-turque de 1877-1878, l'Albanie est cédée pour partie aux Serbes, aux Grecs et aux Bulgares. Cette occupation créée un fort sentiment de rejet et un renouveau du sentiment national. La « ligue de Prizen » réunissant les représentants des différentes communautés, prend les armes mais est vite vaincue par les Puissances.

En 1912, l'indépendance est déclarée. L'Albanie est reconnue par les Européens en 1913 comme monarchie héréditaire. Mais celle-ci connaît une grave instabilité. Ces turbulences ne sont pas arrangées par la guerre qui voit l'Albanie occupée successivement par les deux camps. La SDN reconnaît de nouveau son indépendance en 1920 et l'accueille en son sein.

Pourtant, les luttes internes entre libéraux et conservateurs sont intenses, recoupant des clivages de clans. En 1925, l'ancien Premier ministre Ahmet Zogu prend le pouvoir et se fait proclamer roi sous le nom de Zog Ier.

Il tente de moderniser son pays par l'importation de codes et de normes venus d'Europe occidentale et qui tendent à casser les structures albanaises encore largement féodales. Une réforme agraire le rend impopulaire auprès des grands féodaux alors que le pays s'endette gravement auprès du régime fasciste italien par ses réformes et sa politique de grands travaux .

Le 7 avril 1939, l'Italie adresse à l'Albanie un ultimatum suivi d'un bombardement qui oblige le roi à quitter le pays. Celui-ci est occupé par les troupes italiennes et l'union des couronnes italiennes et albanaises est proclamée.

Le régime communiste

Pendant la guerre, les occupations italiennes puis allemandes suscitent l'intensification d'une résistance communiste inspirée de Tito autour d'Enver Hodja.

En janvier 1946, une république populaire d'Albanie est proclamée. Elle va peu à peu perdre les soutiens de la Yougoslavie, de l'URSS puis de la Chine par une politique pensée comme la seule fidèle au marxisme léninisme des origines. Le pays est dirigé d'une main de fer par Hodja jusqu'en 1985 et s'enferme dans un isolationnisme sans issue.

Ramiz Alia remplace Hodja en 1986 et tente de concilier une politique d'héritage mais aussi d'ouverture. Les réformes timides n'ont pas le temps de s'accomplir puisque la chute du Mur de Berlin en 1989 accélère la décomposition du pouvoir.

L'indépendance

Sous la pression de la communauté internationale, des étudiants de Tirana et des exodes massifs, le multipartisme est instauré. Les communistes réussissent à garder le pouvoir lors des premières élections libres en 1991 avant de devoir provoquer des élections anticipées qui voient la victoire des démocrates l'année suivante.

Mais l'anarchie se développe au point que le pays plonge dans une crise sans précédent à cause de l'effondrement de son système bancaire en 1997. Cette crise nécessite l'envoi d'une Force Multinationale d'Intervention (FMI) menée par les Italiens. Après quelques mois, elle quitte un pays grave crise qui doit supporter l'arrivée massive d'Albanais du Kosovo (jusqu'à 400 000) à partir de 1999.

Aujourd'hui, la situation s'améliore et l'offre d'une perspective européenne pousse le pays à entamer les réformes structurelles indispensables.

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